Le procès d’UBS à Paris, qui entame ce lundi sa deuxième semaine, a ramené la lumière sur le rôle des lanceurs d’alerte. Et sur les conséquences financières de leur prise de parole, en particulier. Ce genre de difficulté se retrouve aussi concernant la gestion responsable d’une entreprise ou d’un produit financier.

Les exigences de reporting augmentent rapidement, en matière d’environnement, de social et de gouvernance des entreprises («ESG»). Certains marchés boursiers encouragent les sociétés cotées à dévoiler l’impact de leurs activités sur le climat ou sur l’environnement en particulier. Le Financial Stability Board – le «club» des banques centrales de la planète – a même sa task force, qui veut que le reporting sur le climat soit sur un pied d’égalité avec les informations financières classiques.

On commence à voir les premiers résultats. La semaine dernière, Lombard Odier a dévoilé l’impact ESG d’un de ses fonds, qui investit dans des initiatives liées aux 17 Objectifs de développement durable des Nations unies. Ce fonds a par exemple permis d’éviter que soit émis le CO2 produit par l’équivalent de 17 000 voitures pendant un an. Il a aussi financé suffisamment d’énergie renouvelable pour alimenter près de 20 000 foyers américains pendant un an.

La limite du volontariat

Mais ces initiatives pour la transparence ont une limite: elles reposent sur le volontariat. Seuls les bons élèves publient des données extra-financières. Débusquer les autres n’est pas évident. Que peut faire un investisseur lorsqu’une de ses sociétés en portefeuille est néfaste pour l’environnement ou l’homme? Il peut vendre ses actions, mais cela aura un effet seulement s’il est un poids lourd de la finance.

Un autre cas intéressant se trouve dans le monde de la certification. Un acteur du secteur peut-il vraiment dénoncer une compagnie minière qui fait travailler des enfants ou un géant de la pêche qui pratique l’esclavage sur ses bateaux? Oui, mais avec le risque de perdre le mandat, au profit d’un concurrent certificateur qui serait moins regardant sur ces pratiques. Lesquelles resteraient cachées – même si elles sont souvent un secret de Polichinelle.

Pour contourner cette difficulté, on peut imaginer une répartition des rôles. Celui de lanceur d’alerte serait laissé aux ONG – qui ne courent aucun risque de carrière, contrairement à des employés. Tandis que le certificateur, qui détient les preuves, peut influencer de manière indirecte, via un dialogue avec l’entreprise fautive (qui l’emploie), par exemple. Délicat, dans tous les cas.