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La durabilité à l'aune des «green bonds» genevois

La spécificité des obligations vertes réside dans le fait que les capitaux levés sont exclusivement destinés à financer des projets liés à la transition écologique. Manuel Wildhaber analyse les deux premières émissions de ce type

L’année passée, la place financière genevoise s’est démarquée par les deux premières émissions de «green bonds» suisses: la première fut lancée par Helvetia Environnement, leader suisse dans la gestion de déchets, afin de financer diverses réalisations pour 75 millions de francs, dont le centre de tri le plus moderne de Suisse. La deuxième par l’Etat de Genève, avec un emprunt de 620 millions de francs destiné au financement de bâtiments à haute efficience énergétique.

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La spécificité des obligations vertes réside dans le fait que les capitaux levés sont exclusivement destinés à financer des projets liés à la transition écologique (énergies vertes, efficience énergétique, transport, eau, décarbonisation, gestion des déchets, etc.) On notera aussi qu’une procédure de vérification externe doit être mise en place.

Un effet d’image

Le retour d’expérience de ces deux émissions est clairement positif pour l’ensemble des acteurs. La table ronde organisée début février par l’association Sustainable Finance Geneva et Credit Suisse sur le sujet a été l’occasion de le relever: l’effort administratif et les coûts de vérification supplémentaires (estimés tous deux à environ 25 000 francs pour Helvetia Environnement) d’un green bond sont largement compensés par les retombées positives.

A l’échelle globale, on estime aujourd’hui que les émissions de green bonds ont doublé chaque année depuis 2015, pour atteindre 155 milliards de dollars en 2017

Le bénéfice premier avancé par les parties est celui de l’effet d’image d’un positionnement durable engagé. Au niveau du marché des capitaux, la facilité avec laquelle ces obligations vertes purent être placées – double sursouscription dans le cas de l’Etat de Genève, 1,6 fois dans le cas d’Helvetia Environnement – confirme l’acceptation de la méthode, avec un rendement à maturité aligné à celui des obligations classiques, et ce même pour la catégorie plus risquée du high yield dans laquelle se situe Helvetia Environnement.

Accélération de l’impact de la durabilité sur l’accès au capital

A l’échelle globale, on estime aujourd’hui que les émissions de green bonds ont doublé chaque année depuis 2015, pour atteindre 155 milliards de dollars en 2017. Selon la Climate Bonds Initiative, il semblerait que les green bonds présentent jusqu’ici un rendement à maturité légèrement inférieur par rapport aux obligations normales sur le marché secondaire, bien que l’historique soit court. Mais l’avantage pourrait rapidement se confirmer au vu de la tendance sur le front des grands investisseurs, qui se durabilise à pas de géant.

Alors qu’on connaissait déjà bien l’importance de la question au niveau de la perception des consommateurs et du Goodwill des entreprises, la durabilité est en passe de devenir un critère déterminant d’accès au capital

En effet, un sondage effectué en 2017 par Amundi et Create Research auprès de 161 fonds de pension internationaux (représentant 1710 milliards d’actifs) indique que près de deux tiers de ces institutions planifient d’augmenter leur allocation durable dans les trois prochaines années, et qu’aucun des répondants n’envisage de la réduire. Cette tendance se propage aussi auprès des grands gestionnaires de fonds. Pour preuve, la lettre annuelle aux directeurs généraux de Larry Fink, le dirigeant de BlackRock aux 5700 milliards de dollars sous gestion, qui rappelait aux dirigeants l’importance de leur positionnement sociétal et environnemental en termes de risque et de rendement, et, point intéressant, la nécessité accrue pour les investisseurs passifs d’influencer les sociétés par leur droit de vote dans un contexte indiciel qui ne permet pas de vendre une action pour exprimer son désaccord stratégique.

La véritable révolution réside ici dans une convergence méthodologique discrète mais fondamentale: les facteurs durables ne relèvent plus uniquement de la bienveillance en matière de responsabilité sociale et environnementale, mais s’inscrivent au cœur du processus d’allocation du capital. Le changement climatique est désormais un facteur accepté dans la définition du risque et de rendement de long terme des investisseurs, et les critères de durabilité sont la méthode la plus simple pour traduire ces vues en stratégie.

Conséquences pour les PME romandes, les villes et les cantons

En conclusion, alors qu’on connaissait déjà bien l’importance de la question au niveau de la perception des consommateurs et du Goodwill des entreprises, la durabilité est en passe de devenir un critère déterminant d’accès au capital. Comme démontré par Helvetia Environnement, ceci concerne potentiellement toutes les classes d’émetteurs, quelle que soit la catégorie de leur risque obligataire.

A terme, pour les porteurs de projets à caractère infrastructurel et environnemental, la solution des green bonds pourrait amener une amélioration bienvenue du risque crédit, en particulier pour les régions périphériques et les secteurs industriels cherchant à se repositionner vers la transition énergétique.

Ceci vient confirmer un message que nous défendons depuis longtemps: outre son importance sociétale, la durabilité est en passe de devenir une question de coût moyen pondéré du capital, et doit ainsi impérativement trouver sa place dans l’agenda stratégique des entreprises romandes comme des institutions étatiques.

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