S'inspirant des principes relatifs au gouvernement d'entreprise, Barry Callebaut vit à son tour une minirévolution. Jeudi, les actionnaires du fabricant de produits de cacao et de chocolat (69,9% détenus par la holding de Klaus Jacobs et 30,1% dans le public) ont réélu lors de l'assemblée générale Andreas Schmid (44 ans) à la présidence du conseil d'administration. Il occupe conjointement depuis 1999 la fonction de CEO. Un poste dont il se retirera au cours de l'année prochaine après la nomination de son successeur. Cette séparation des fonctions doit permettre d'insuffler un second souffle au leader mondial de la fabrication de chocolat industriel. Andreas Schmid siège parallèlement aux conseils d'administration de Unique Zurich Airport (en qualité de président) et d'Adecco (membre). Il devrait accéder au mois de mai prochain à la présidence de Kuoni. Entretien avec cette figure montante du capitalisme helvétique.

Le Temps: Quelles raisons ont motivé Barry Callebaut à dissocier les fonctions de CEO et de président du conseil d'administration?

Andreas Schmid: A l'origine, notre entreprise a réfléchi au meilleur moyen d'assurer son bon fonctionnement. Se référant à l'esprit du gouvernement d'entreprise, nous avons estimé qu'un contrôle approprié du management par le conseil d'administration allait dans ce sens. Dans cette optique, il était important que nous révisions une structure impliquant une double responsabilité.

– Les turbulences vécues par certains conseils d'administration en Suisse (Swissair ou Kuoni, par exemple) ont-elles poussé à cette prise de conscience?

– Cette réflexion au sein de notre société remonte au début de cette année. Aucune raison, qu'elle soit interne ou externe, ne l'a influencée.

– Comment avez-vous fait depuis pour cumuler cette double responsabilité?

– Durant la phase de restructuration qu'a vécue ces dernières années Barry Callebaut, cette double casquette était un avantage. Maintenant que nous avons regagné la confiance de nos actionnaires et que nous abordons une nouvelle phase de développement, cette double responsabilité n'est plus adéquate. Nous devons aujourd'hui nous positionner de façon à assurer un futur à notre entreprise.

– La séparation des pouvoirs représente un aspect du gouvernement d'entreprise. Prendrez-vous d'autres initiatives afin de renforcer cet esprit au sein de votre entreprise?

– Oui, nous avons la volonté au sein du conseil d'administration d'établir des comités spécialisés (rémunération, par exemple). Cela représente un aspect de contrôle important de notre société. Tenant compte de notre activité, nous sommes par ailleurs amenés à acheter d'importantes quantités de cacao. Nous allons créer au sein du conseil d'administration un comité spécifique destiné à mieux contrôler le risque inhérent à ces achats.

– D'ici au mois de mai 2002 (assemblée générale de Kuoni) vous siégerez par ailleurs au sein de quatre conseils d'administration (Barry Callebaut, Unique Zurich Airport, Kuoni et Adecco). Ce cumul de mandats ne risque-t-il pas de vous poser problème?

– J'ai bien réfléchi à cette question avant d'accepter ma nomination à la présidence du conseil d'administration de Kuoni. Etant donné que Barry Callebaut a décidé de séparer les fonctions de président et de CEO, je disposerai à l'avenir de plus de temps. Je suis absolument convaincu qu'un président doit avoir assez de temps à consacrer à ses mandats.

– Quelles sont les qualités requises pour occuper la fonction de président du conseil d'administration selon vous?

– Avant d'être un président compétent, il faut à mon sens avoir exercé pendant quelques années la fonction de CEO avec succès. A cette expérience s'ajoutent des compétences sociales, un important sens de l'analyse et de fortes capacités à prendre des décisions. Le président doit par ailleurs être un interlocuteur digne de confiance pour le CEO ou le management. Sa crédibilité vis-à-vis de la compagnie, du public, des actionnaires et des employés est essentielle. Son action doit enfin bénéficier à l'entreprise, mais également à tous les «stakeholders» (ndlr, toutes les parties prenantes: les actionnaires, les employés, les fournisseurs, et la collectivité).