«En quelques années, notre village va passer de 600 à 1100 habitants. Après le déclassement d'une zone industrielle en terrain constructible, il y a deux ans, 94 logements sont en passe d'être achevés.» Municipal de Crassier en charge des constructions, Jean-Pierre Heller constate que «ça s'agrandit aussi un peu partout dans les communes voisines, même si la croissance est particulièrement forte chez nous».

La situation de cette commune vaudoise n'a rien d'exceptionnel. Les chiffres publiés lundi par l'Office fédéral de la statistique (OFS) montrent que la construction de logements «a connu un nouvel essor» l'an dernier, en particulier dans les petites communes. Globalement, le nombre de logements construits a augmenté de 10% par rapport à 2003. La situation est plus contrastée au dernier trimestre. Dans les grandes villes, le nombre de nouvelles habitations a reculé de 9%. Un recul plus marqué à Genève (-9%) et à Zurich (-18%). Lausanne enregistre cependant une hausse de 6,4%.

Fin décembre, l'OFS recensait 46 350 logements en construction, «soit 11% de plus qu'un an auparavant». La progression se retrouve dans toutes les communes. Le nombre de permis de construire est lui aussi en progression: +13% sur l'année, et +22% sur le seul dernier trimestre. «Il s'agit de la plus forte hausse de ces dix dernières années», constate Kamel Chaouach, de l'OFS.

Ce dynamisme de la construction «n'est pas une surprise», estime Eric Güller, spécialiste de l'immobilier au Credit Suisse. «Il existe toujours une forte demande, que les investisseurs institutionnels alimentent peu. Cette situation devrait durer encore quelques années», poursuit-il. L'analyste ne voit pour l'instant aucun signe de surconstruction, parce que «l'économie ne surchauffe pas. L'argent est peut-être bon marché, mais les banques deviennent plus prudentes avant de prêter».

Retournement en 2005?

Trouver un logement risque toutefois de continuer à être difficile. «Le taux actuel de 0,91% à l'échelle nationale reste le plus bas des dix dernières années», indique Kamel Chaouach. Un niveau bien inférieur au 1,5%, seuil au-dessous duquel les professionnels parlent de pénurie de logement. La baisse du taux de vacance semble certes enrayée (voir graphique). Mais il est trop tôt pour dire si le marché va se détendre. «Il faut attendre les chiffres qui seront publiés en juin pour savoir si 2005 sera l'année du retournement», poursuit le statisticien qui assure que «la pénurie va continuer dans la région de Genève et Vaud».

Credit Suisse table sur une progression du taux de vacance cette année, grâce à l'achèvement de plus de 45 000 logements. Dans une note prospective publiée le mois dernier, la banque estime en outre que «la demande devrait légèrement reculer sous l'effet de la stagnation du revenu librement disponible, du ralentissement de l'immigration et de la hausse modérée des taux d'intérêt».

Côté loyers, la banque ne prévoit «aucune perte importante» pour les propriétaires. «La hausse des taux d'intérêt va engendrer des augmentations dans l'ancien, alors que plus aucune hausse n'est à attendre dans le neuf, où les loyers pourraient au contraire plafonner ici et là durant l'année en cours.»