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Dyson ulcère certains Anglais en déplaçant son siège à Singapour

Le roi des aspirateurs sans fil délocalise son quartier général pour mieux s’étendre en Asie – aucun rapport avec le Brexit, assure James Dyson, qui est l’un des seuls patrons à soutenir la sortie de son pays de l’UE. «Stupéfiante hypocrisie», dénonce une élue

La nouvelle agite la Grande-Bretagne depuis cette annonce, mardi, en marge de la présentation des résultats du groupe: Dyson, le spécialiste des aspirateurs sans sac et sans fil, et autres machines domestiques, déplace son siège à Singapour.

La société fondée par James Dyson, qui est restée de structure familiale, aura son principal quartier général dans la cité-Etat asiatique, ce qui surprend, pour un tel fleuron britannique. Au reste, en 2016, Sir James Dyson était l’un des rares patrons anglais à militer en faveur du Brexit.

C’est à cause du poids croissant de l’Asie

La délocalisation n’a toutefois «rien à voir» avec le divorce annoncé de son pays et de l’UE, a précisé le directeur général Jim Rowan, seul face aux médias. Il explique qu’«afin de refléter l’importance croissante de l’Asie dans notre développement, nous avons décidé d’y relocaliser notre siège social». Dyson emploie 11 900 personnes dans le monde, dont 4600 en Grande-Bretagne, la grande majorité dans un centre de recherche à Malmesbury, à l’est d’Oxford. Jim Rowan assure que la compagnie paiera toujours des impôts dans son pays d’origine, qu’il n’y aurait pas d’impact sur l’emploi et que «nous continuerons à investir au Royaume-Uni».

L’annonce fait «l’effet d’une bombe», estime le site Bristol Live, qui ajoute que c’est le deuxième choc infligé par James Dyson à son pays, après l’annonce, l’année passée, que la conception de la future voiture électrique Dyson se ferait à Singapour, et non en Angleterre.


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Juste après une séance de Theresa May avec les grands patrons

Pour aggraver la situation, relate le Mirror, la communication de la société est tombée quelques minutes après une séance réunissant Theresa May et des leaders économiques, à propos du Brexit. Le journal indique que certains jugent que le patron pro-Brexit fait preuve d’une «stupéfiante hypocrisie». C’est l’expression de la libérale-démocrate (centriste) Layla Moran, qui fustige le roi de l’aspirateur: «Il est absolument incroyable que l’une des figures économiques du Brexit transfère encore une autre partie de son activité hors du Royaume-Uni. James Dyson peut dire ce qu’il veut, mais il abandonne la Grande-Bretagne. Plutôt que de fuir, je lui suggère de faire un don pour la campagne finale afin d’aider à réparer le désastre qu’il a créé.»

L’Asia Times résume: «Cette annonce, quelques mois avant la séparation, provoque une réaction fâchée de la part des politiciens qui souhaitent rester dans le plus grand espace économique du monde.» Il est cependant probable qu’elle énerve aussi les partisans du Brexit, empruntés par ce choix de leur principal coreligionnaire dans le monde économique.

Dans le registre des nouvelles crues liées au Brexit, en début de matinée ce mercredi, a notamment raconté la BBC, Sony a annoncé déplacer son quartier général européen de Londres aux Pays-Bas, afin d’éviter de futurs problèmes douaniers générés par le départ de la Grande-Bretagne.


Depuis Davos, le gouvernement veut rassurer

Le gouvernement britannique a cherché à apaiser les craintes d'exode des entreprises effrayées par le chaos des préparatifs du Brexit au Royaume-Uni après des décisions symboliques de Dyson et Sony de déménager leur siège hors du pays.

«Le Royaume-Uni reste ouvert aux affaires et demeure une destination attractive pour les investissements directs étrangers, même pendant cette période d'incertitudes autour du Brexit», a martelé mercredi le ministre du Commerce international, Liam Fox, en marge du Forum de Davos en Suisse.

Sans doute des pertes fiscales

Interrogé sur la décision choc annoncée mardi soir par le groupe de technologie Dyson, Liam Fox ne s'est pas montré inquiet: «Ils déplacent littéralement deux emplois du Royaume-Uni à Singapour. Difficile de parler d'exode!», a-t-il ironisé.

Comme Dyson, Sony a souligné que ses effectifs britanniques ne seraient pas touchés. Mais, dans les deux cas, des conséquences sont à craindre pour les services des impôts britanniques, qui pourraient se voir privés de recettes fiscales.

Jusqu'ici peu de départs, mais cela pourrait changer

Contrairement à des craintes initiales, la décision des Britanniques de quitter l'UE au référendum du 23 juin 2016 n'a pas, jusqu'à présent, déclenché de départ en masse des entreprises du Royaume-Uni.

Mais à mesure que le Brexit approche, les décisions des grandes sociétés semblent s'accélérer, qu'elles soient directement liées au Brexit ou que ce facteur soit un élément supplémentaire susceptible de faire pencher la balance.

Jeudi dernier, le géant néerlandais de l'électroménager Philips a annoncé la fermeture de sa seule usine britannique, menaçant 430 emplois dans le Suffolk (est de l'Angleterre). Le même jour, le conglomérat japonais Hitachi gelait un gigantesque projet de centrale nucléaire au Pays de Galles. (AFP)

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