La compagnie britannique à bas coût l’avait déjà annoncé il y a quelques semaines. Pour la première fois de son histoire, EasyJet a présenté une perte annuelle, pour un montant de 1,27 milliard de livres (environ 1,53 milliard de francs) avec un exercice décalé qui s’est achevé au 30 septembre. En 2019, elle avait dégagé un bénéfice de 519 millions de francs.

Des chiffres liés, entre autres, à une division par deux du nombre de passagers, tombé à 48,1 millions. En Suisse, où la compagnie est fortement implantée dans les aéroports de Bâle et de Genève, la tendance a été la même. «A la fin de cette année financière nous étions à 7,9 millions de passagers pour la Suisse contre 15,1 millions l’année précédente, indique Thomas Haagensen, directeur des marchés d’EasyJet. A Genève nous sommes passés de 8,4 à 4,6 millions, et à Bâle de 5,8 à 2,9 millions par rapport à 2019.»

Cette baisse de fréquentation à l’échelle de la compagnie dans son ensemble a entraîné une division par deux des recettes, passant de 7,69 à 3,62 milliards de francs. Pour autant, dans le communiqué publié ce mardi, Johan Lundgren, directeur général d’EasyJet, s’est voulu rassurant, évoquant «un redémarrage en force».

Une prudence teintée d’optimisme

Depuis que la pandémie a cloué les avions au sol en mars, ces mauvais résultats étaient attendus. Mais Johan Lundgren n’est pas le seul à en tirer des éléments positifs. «Comparé aux compagnies traditionnelles, EasyJet n’a pas perdu tant d’argent que ça, estime Arnaud Aymé, spécialiste des transports chez Sia Partners. Sur l’ensemble de l’année le taux d’occupation n’a baissé que de quatre points à 87% et le taux de revenus par siège n’a diminué que de 10%. Ils ont limité les pertes, étant donné la situation.»

Autre point qui devrait permettre à EasyJet de survivre à cette crise: les liquidités. Selon les chiffres communiqués par la compagnie, elle a levé 3,7 milliards de francs d’argent frais sur l’année, dont 2,3 milliards étaient encore à disposition fin septembre. Ces fonds proviennent notamment d’un prêt contracté auprès du Trésor britannique, de l’émission de nouvelles actions et de la vente de certains de ses appareils.

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Ces mesures pourraient également s’accompagner de la suppression de jusqu’à 4500 emplois dans l’ensemble du groupe, soit un tiers des effectifs. A Bâle, la compagnie a prévu de réduire sa flotte de 12 a 10 appareils, menaçant 70 emplois. «Les consultations concernant ces avions sont encore en cours, mais notre volonté est de minimiser l'impact sur les pertes d'emplois dans la mesure du possible, précise Thomas Haagensen. A l’heure actuelle il n’y a pas d’autres mesures de réduction prévues en Suisse.»

La question désormais est de savoir si cette réserve est suffisante pour couvrir les dépenses jusqu’à un retour des voyageurs. «Entre avril et septembre, EasyJet a brûlé un peu moins de 250 millions de livres de cash par mois, souligne Bertrand Mouly-Aigrot du cabinet Archery Strategy Consulting. Elle a donc de quoi tenir à peu près un an. A ce moment-là, le trafic ne sera probablement pas revenu à un niveau d’avant-crise mais on peut espérer qu’il atteigne des niveaux supérieurs à aujourd’hui.» Néanmoins, pour le premier trimestre de 2021, EasyJet ne prévoit pas d’opérer à plus de 20% de ses capacités.

Vers une reprise en deux temps?

Concernant le retour des voyageurs, EasyJet estime avoir des signes positifs. «Il y a une demande sous-jacente. Quand la quarantaine a été levée, nous avons dû ajouter des fréquences depuis la Suisse vers le Kosovo, rappelle Thomas Haagensen. Nous l’avons aussi observé dans d’autres pays comme en Angleterre, où la demande pour les Canaries a augmenté de 900%.»

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Mais même avec l’arrivée de plus en plus probable d’un vaccin contre le covid, le trafic ne devrait pas reprendre uniformément. «Pour le moment, on estime que le marché du voyage de loisir va repartir plus vite que les voyages d’affaires», souligne Arnaud Aymé. Un secteur qui concerne donc particulièrement l’aéroport de Genève.

A la suite de ces résultats, le titre de la compagnie a clôturé la séance de mardi en baisse de 1,93%, mais l’annonce de l’efficacité du vaccin du laboratoire Pfizer le 6 novembre l’avait fait s’envoler de 35%.