Le verdict de Moritz Leuenberger, chef du Département fédéral de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication, est tombé mercredi après-midi: sans surprise, le conseiller fédéral a suivi intégralement les recommandations de l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC) au sujet des trois demandes de concession déposées par la compagnie EasyJet Switzerland, accordant à la filiale du groupe britannique EasyJet le droit de relier Genève à Amsterdam et à Nice, mais refusant ce même droit pour la desserte de Barcelone. Cette décision s'appuie sur la loi aérienne suisse, qui protège Swissair de toute concurrence sur ses propres destinations jusqu'en 2008. EasyJet a annoncé son intention de faire appel de ce verdict auprès du Conseil fédéral, mais ses chances sont très minces.

Poursuivant sa politique d'expansion depuis l'aéroport de Genève-Cointrin, EasyJet Switzerland (dont EasyJet, compagnie propriété du Grec Stelios Haji-Ioannou, possède 40% du capital, le reste étant en mains suisses) a mis à son horaire, dès la fin de ce mois, trois nouvelles lignes régulières, vers Amsterdam, Nice et Barcelone, en plus des vols actuels sur Londres-Luton et Liverpool. Conformément à la stratégie à bas prix du groupe, qui s'appuie sur une administration très réduite, des ventes exclusivement par téléphone et via Internet, et un service minimal à bord, le tarif de lancement de ces trois nouveaux vols défie toute concurrence: 79 francs aller-retour. Quelque 3500 personnes ont déjà réservé leurs places pour Barcelone. «Nous remplirons notre contrat envers nos clients, détaille James Rothnie, directeur du marketing d'EasyJet à Londres. Nous les transporterons à Barcelone via Londres-Luton. Et ceux qui ne veulent plus voyager avec nous à cause du surcroît de temps que cette escale occasionne, nous les rembourserons intégralement.» Pour la suite, la compagnie dévoilera sans doute aujourd'hui ses intentions. «Nous ferons probablement appel de cette décision injuste, qui a été prise sous l'influence de Swissair, poursuit James Rothnie. Nous continuons à vouloir nous développer à Genève, où nous sommes venus parce que Swissair abandonnait cet aéroport!»

La décision de Moritz Leuenberger et, partant, le préavis de l'OFAC suivent à la lettre l'alinéa 2 de la nouvelle loi sur l'aviation, votée l'an dernier par les Chambres. «Nous avons consulté cette loi, et constaté qu'il n'y avait pas d'interprétation possible, explique Hans-Ueli Aebersold, porte-parole de l'OFAC. L'alinéa 2 stipule que les droits de trafic découlant de concessions existantes restent acquis pour Swissair pour autant qu'ils soient effectivement appliqués, ce qui est le cas pour la ligne entre Genève et Barcelone.» Le fonctionnaire fédéral rappelle qu'EasyJet obtient deux concessions sur trois: «Dans le cas de Nice, où Swissair avait également fait opposition, nous avons usé au maximum de notre marge d'interprétation pour favoriser la concurrence: comme cette desserte est en fait assurée par un partenaire de Swissair, la compagnie Air Littoral, nous avons fait comprendre à Swissair qu'il valait mieux retirer cette opposition, car elle serait repoussée.»

Une décision «normale»

Porte-parole de SAirGroup, le holding faîtier de Swissair, Jean-Claude Donzel exprime la satisfaction «sans triomphalisme» de la compagnie suisse. «C'est une décision normale. Nous avons fait de ce cas une affaire de principe claire et nette. La loi doit être appliquée, car c'est en fonction d'elle, et de la garantie du maintien de la concession actuelle jusqu'en 2008, que nous avons engagé nos plans d'investissements.» Le porte-parole reconnaît toutefois qu'il y a entre cette défense d'un monopole et le soutien de Swissair à la ratification des accords bilatéraux – dont l'entrée en vigueur rendra caduc le fameux alinéa 2 – «une position un peu schizophrène. Mais l'accord avec l'Union nous ouvrira, le cas échéant, des possibilités que nous n'avons pas aujourd'hui pour affecter des appareils et des équipages sur des lignes rendues déficitaires par la concurrence.»

Au contraire, James Rothnie voit dans le refus de la concession Genève-Barcelone «un dangereux précédent: chaque fois que l'on voudra ouvrir une route desservie par Swissair, il y aura un problème, même si cela se fait au départ d'un aéroport que Swissair néglige!».