Surprise: EasyJet volera malgré tout entre Genève et Barcelone, dès le 28 juillet prochain. Le refus du conseiller fédéral Moritz Leuenberger d'accorder une concession sur cette ligne n'a pas entamé la détermination de la compagnie à bas tarifs. Sa filiale suisse honorera donc ses engagements commerciaux, au prix d'un stratagème coûteux, mais qui pourrait rapporter gros en terme d'image: des vols gratuits et «privés» pour ceux qui ont déjà réservé sur la ligne Genève-Barcelone, puis un système de vols charters au départ de Genève jusqu'à la fin du mois d'octobre. Cette démarche ira de pair avec un recours formel auprès du Conseil fédéral, et avec du lobbying auprès des milieux politiques pour aboutir à une modification de la loi aérienne. Par ailleurs, EasyJet poursuivra son expansion à Genève sur ses autres destinations.

Sur un ton très offensif, les responsables d'EasyJet ont en effet d'abord présenté jeudi à la presse leurs projets «réguliers», soulignant que l'obtention des concessions pour les lignes vers Amsterdam et Nice constituait «une victoire». Le vol vers Amsterdam sera porté à trois fréquences dès l'horaire d'hiver, celui sur Nice passera de 2 à 1 fréquence quotidienne en hiver, alors que l'offre sur Londres se multipliera: quatre fréquences au lieu de trois sur Luton, et deux nouvelles destinations de l'agglomération londonienne, soit Gatwick et Stansted.

Remboursement en cash

Reste la pirouette mise au point pour desservir Barcelone: les 6500 réservations seront honorées comme prévu. «Au lieu de faire transiter ces passagers via Londres-Luton, nous affréterons nos propres appareils en vols privés non commerciaux, qui seront donc gratuits pour nos clients», explique Philippe Vignon, directeur du marketing d'EasyJet Switzerland.

«Chaque passager qui se présentera à la porte d'embarquement sera intégralement remboursé en cash.» Les vols privés ne tombent pas sous le coup des régulations de l'aviation commerciale régulière.

Stelios Haji-Ioannou, le patron du groupe EasyJet, justifie cette stratégie: «Tout bien calculé, la solution que nous proposons est moins onéreuse pour nous que le transit par Londres. Elle a aussi le mérite de ne pas pénaliser nos passagers, bien au contraire! C'est un désastre financier pour nous, mais comme l'aviation commerciale est un travail à long terme, je pense que nous retirerons un gain en image de cette affaire.» Si la perte sur les billets ne se monte qu'à 280 000 francs environ, l'opération entière (frais des avions, des opérations au sol et de la publicité) peut être évaluée à plus d'un million de francs. A bord des vols privés, les passagers pourront toutefois contribuer volontairement à un «Fonds pour la protection des consommateurs contre Swissair» (sic!) dont le produit sera utilisé pour alimenter la campagne de lobbying politique projetée par la compagnie à prix cassés. Jeudi, les Jeunes libéraux genevois ont été la première formation politique à réagir, «scandalisés» que Genève soit une fois de plus «le dindon de la farce» d'une décision fédérale «insupportable».

Par la suite, EasyJet va créer un tour-opérateur de circonstance, baptisé EasyJet Switzerland Barcelone Tours, qui vendra jusqu'à fin octobre un forfait à 99 francs comprenant le vol aller-retour et le transport en car depuis l'aéroport vers le centre de Barcelone. «Nous avons conservé de l'ancienne TEA (l'ancêtre d'EasyJet Switzerland, n.d.l.r.) nos droits pour les vols charters», explique Jean-Marc Thévenaz, directeur des opérations en Suisse. Seule restriction: un vol charter doit être une boucle, donc la vente de billets à Barcelone est interdite – elle représentait 22% en préréservation.

D'autres projets en vue? «Les autorités aériennes suisses ont clairement montré que seuls des vols que Swissair exploite avec ses propres avions sont protégés par le monopole, répond Markus Seiler, administrateur d'EasyJet Switzerland. Cela nous ouvre quelques perspectives sur Vienne, Porto ou Bruxelles, par exemple.»