Les horlogers suisses ont débusqué un nombre record d'annonces pour des fausses montres sur Internet depuis le début de l'année. Et la récente condamnation d'Ebay, premier site d'enchères au monde, n'y changera pas grand-chose.

Sans compter les marques du groupe Richemont et Rolex - dont les montres sont parmi les plus copiées au monde -, la cellule internet de la Fédération horlogère, qui emploie deux personnes pour protéger les intérêts de 17 marques, a découvert 25000 annonces pour des copies illégales ces six derniers mois. Ce nombre devrait atteindre 50000 annonces cette année, contre 35000 en 2007.

Depuis janvier, seules 2048 annonces douteuses ont été retirées d'Ebay. Le chiffre montre que le site a désormais perdu son statut de plaque tournante des produits de marque contrefaits au profit de nouvelles plates-formes basées aux Etats-Unis, en Chine ou dans les pays de l'Est.

Ebay vient d'être condamné par la justice française à payer 38 millions d'euros au groupe de luxe LVMH pour avoir laissé paraître des annonces pour des produits contrefaits de six marques, et ce jusqu'en 2006. Ebay France fera appel, dénonçant le montant «totalement indécent» de l'amende, qui reflète à ses yeux «le prestige de ses adversaires plutôt que la réalité des dommages subis». Le site est également poursuivi aux Etats-Unis par le joaillier Tiffany, qui estime que 90% des produits portant son nom offerts aux enchères sur le site sont des faux.

Une deuxième condamnation pourrait servir de base à une forme de jurisprudence internationale, se réjouit Carole Aubert, responsable de la cellule internet de la Fédération horlogère.

Mais, même avec le soutien de décisions de justice concordantes sur les droits et devoirs des sites d'enchères, condamnés à faire la police eux-mêmes, le plus dur reste à faire pour les marques.

Présent dans 34 pays, avec un moteur de recherche pour l'ensemble de ses annonces, Ebay était en effet la «cible idéale» des fabricants de produits de luxe, selon l'expression de Carole Aubert. «Aujourd'hui, Ebay n'est plus notre principale préoccupation», poursuit-elle. Depuis le dépôt des plaintes, le site a augmenté les contrôles et rejette une bonne partie des annonces pour les contrefaçons les plus évidentes, sous la forme de montres de luxe vendues pour quelques dizaines de dollars. Selon la Fédération horlogère, d'autres sites plus modestes en Hollande, en Chine ou dans les pays de l'Est ne se donnent pas cette peine et ont largement repris le flambeau abandonné par Ebay.

Le nouvel «ennemi public numéro un» de la Fédération horlogère est un site américain créé en 2002, ioffer.com, qui indique une boîte postale à San Francisco pour toute adresse légale. Les administrateurs du site n'ont pas répondu à nos e-mails hier.

L'amateur y trouve des contrefaçons par centaines. Comme ce prétendu tourbillon de Piaget, offert pour 200 dollars port compris. «Dans ce cas, la supercherie est évidente», assure la Fédération horlogère. La vendeuse, du nom d'Angela, se présente comme une mère de famille de l'Arkansas et se dit en relation avec le même «fournisseur chinois» depuis plus de cinq ans. Depuis le 1er juillet, un éventuel acheteur suisse risque la confiscation de son achat par les douanes.