Exportations

Les échanges entre la Suisse et la Russie se raréfient

La chute du rouble, les sanctions et la dégradation du climat d’investissement décourage les initiatives suisses en Russie. Le volume des échanges a chuté d’un tiers entre les deux pays

Le commerce bilatéral russo-suisse est en berne. Les exportations vers la Russie ont plongé de 22% en 2015, le plus fort recul parmi les grands partenaires économiques de la Suisse. Le volume des échanges entre les deux pays est tombé de 6 à 4 milliards de francs. Les dernières statistiques, publiées jeudi matin par l’administration fédérale des douanes, montrent que la tendance se poursuit cette année, avec un recul de 21% des exportations en janvier 2016 en glissement annuel.

«Nous avons toujours des secteurs robustes, comme l’industrie pharmaceutique, la chimie, les instruments de précision et les montres, tempère Julien Thöni, conseiller économique à l’ambassade de Suisse à Moscou. Nos produits de haute qualité sont toujours demandés sur le marché russe». Julien Thöni souligne que la Suisse s’est hissée en 2015 au rang de 14ème investisseur étranger en Russie, avec 2,5 milliards de francs. Un chiffre en large partie lié à l’investissement de Novartis, qui a inauguré l’année dernière une usine à Saint-Pétersbourg.

Les importations depuis la Russie ont, elles, chuté de 45% en 2015, tombant à 323 millions de francs. La balance commerciale est donc très fortement excédentaire pour la Suisse, qui, à la différence de ses voisins européens, n’importe que très peu d’énergie russe.

Plusieurs vents contraires

Pour Yves Morath, directeur du Swiss Business Hub en Russie, le coup de frein s’explique par «une combinaison de facteurs. Il y a le facteur monétaire, avec un franc suisse fort face à un rouble dévalorisé. Les sanctions internationales, qui réduisent l’accès des Russes au crédit, sont un autre facteur important. Vient ensuite la situation macroéconomique russe, qui se dégrade depuis la fin 2013 à cause de problèmes structurels, politiques et de la chute du prix du pétrole».

On observe de fortes variations selon les secteurs. Selon Sergueï Kauchnyan, directeur du développement chez le promoteur fribourgeois de parcs industriels Dega, «nous continuons à croître et à trouver de nouveaux clients pour nos parcs russes. Il y a juste un léger ralentissement cette année». Dega profite de la campagne gouvernementale de réindustrialisation destinée à substituer aux importations une production localisée en Russie. C’est le pari fait par Fischer Spindle, qui agrandit actuellement sa capacité de production de Novossibirsk. Ce groupe suisse fournit des machines de précision à l’aéronautique russe, en particulier à des clients militaires, dont le carnet de commandes a explosé ces dernières années.

«Personne n’ose faire le premier pas»

Mais hormis ces exceptions, c’est l’attentisme qui domine parmi la communauté d’affaires suisse à Moscou. «Personne ne s’attend à des investissements suisses significatifs cette année», glisse une source diplomatique suisse. Selon une source financière, «nous sommes de nature timorée sur les marchés risqués comme la Russie. C’est notre caractère. Personne ne veut faire le premier pas».

Le climat d’investissement reste inconfortable en raison de la dépendance des tribunaux envers le pouvoir politique. Les syndicats patronaux se plaignent d’être vulnérables aux raids menés par des hauts fonctionnaires prenant le contrôle de sociétés avec la complicité des forces de l’ordre. Jeudi soir, le propriétaire du plus aéroport moscovite Domodedovo a été interpellé en liaison avec un attentat commis en 2011. «Pourquoi est-ce le propriétaire que l’on arrête, et pas les services de sécurité responsables de la lutte antiterroriste?», s’est aussitôt indigné l’opposant libéral Alexeï Navalny sur son compte Twitter.

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