«Nous avons raté notre approche. L'appareil était trop chargé et volait à une vitesse insuffisante alors que le vent contraire était plus fort. Nous devons maintenir le cap, revoir notre plan de vol, augmenter la vitesse et préparer l'atterrissage.» C'est par cette image que le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Pascal Lamy, la mine pas du tout défaite, a expliqué que les négociateurs ont raté l'échéance du 30 avril pour parvenir à un consensus sur la libéralisation du commerce agricole et de produits industriels dans le cadre du Cycle de Doha. Cette date limite avait été fixée fin décembre par la conférence ministérielle de Hongkong. «Ce n'est pas une bonne nouvelle, mais nous ne devons pas en pleurer. Parce que les négociations ne sont pas dans l'impasse ou au point mort», a-t-il assuré.

«Ce n'est pas Seattle ou Cancun, explique un diplomate. Ce n'est pas le chaos. Nous allons mettre les bouchés doubles et boucler le Cycle de Doha.»

Les travaux vont se poursuivre à Genève et Pascal Lamy a demandé aux diplomates d'être disponibles à toute heure. «Nous sommes dans un moment crucial. Les difficultés sont techniques, mais elles sont aussi politiques. Les membres de l'organisation, plus particulièrement les Etats-Unis, l'Union européenne et les grands pays émergents, savent qu'ils doivent faire de nouvelles concessions. Mais en même temps, ils doivent convaincre leur propre assemblée nationale ou leurs électeurs.» Une tâche qui devient de plus en plus difficile vue l'opposition grandissante à la libéralisation des échanges commerciaux dans de nombreux pays, au Nord comme au Sud.

Pour la suite, Pascal Lamy n'a pas fixé de date butoir pour arriver à un consensus sur les dossiers agricole et industriel. Par contre, il a encouragé les présidents des négociations sectorielles à présenter des compromis dans les toutes prochaines semaines. Ceux-ci pourraient constituer la base d'un projet d'accord général qu'il présenterait d'ici à la mi-juin.