Les écoles hôtelières lancent un label suisse

Formation Face à la concurrence, des établissements soulignent leurs qualités en misant sur la tradition

L’objectif est de fédérer le secteur, mais aussi de l’épurer

Le fromage, les banques, le patrimoine alpin ou encore la stabilité économique fondent en grande partie l’image de la Suisse à l’étranger. Mais pas seulement. Les mérites de la formation hôtelière helvétique sont aussi reconnus dans le monde entier. Pour maintenir cette réputation internationale, l’Association suisse des écoles hôtelières (ASEH) a lancé mercredi le premier label de «suissitude» du secteur. Objectifs: garantir et contrôler – sous la forme d’un audit, tous les trois ans, basé sur 120 critères de qualité – l’excellence et la promotion de l’enseignement hôtelier traditionnel, vieux de plus d’un siècle. Outre centraliser l’orientation des futurs étudiants venant du monde entier pour, en priorité, assurer la relève du marché suisse, l’initiative vise également à se prémunir contre les «dérives de la mauvaise concurrence».

C’est-à-dire? «Certains établissements en Suisse se permettent de faire tout et n’importe quoi, déplore Alain Brunier, président de l’ASEH et directeur de l’Ecole hôtelière de Genève. Nous nous devons de garantir un certain sérieux, soit éviter que des acteurs n’utilisent l’image de la Suisse pour faire payer très cher des formations défaillantes.»

Copiées, la rigueur et l’efficacité helvétiques dans les métiers d’accueil n’ont, selon les chevilles ouvrières de ce projet de label, jamais été égalées. «De nombreux campus ouvrent chaque année à l’étranger, en particulier dans les pays émergents. Face à cette pression de plus en plus forte, nos écoles, qui cultivent certaines différences [formation duale, compétences à la fois managériales, techniques et financières, «soft skills», etc.], doivent renforcer la communication de leurs singularités. Pour que cette plus-value historique suisse continue à bien s’exporter», explique Florent Rondez, vice-président de l’ASEH et directeur général du Swiss Education Group, propriétaire de quatre instituts helvétiques de formation hôtelière.

A travers ce label, les gardiens auto-désignés de l’héritage hôtelier national cherchent également à adresser un message aux milieux politiques du pays. «Les qualités de notre enseignement sont moins connues sur notre territoire qu’à l’extérieur de nos frontières», estiment les responsables de l’ASEH, qui forme chaque année 8500 étudiants, dont la moitié est appelée à une carrière internationale. Suite aux votations du 9 février, le risque de devoir former les futurs dirigeants hôteliers à l’étranger, faute de pouvoir les accueillir sur les campus helvétiques, est devenu aigu. «La plupart des hauts cadres de l’hôtellerie dans le monde ont été formés en Suisse. Ce sont d’excellents ambassadeurs de notre pays, poursuivent-ils. Ce secteur est aussi un pilier de notre économie, avec environ 200 000 emplois et 5% des exportations nationales.»

Raison pour laquelle Nicolas Bideau, chef de Présence Suisse, plaide pour la création d’une marque élargie à tout le système éducatif suisse. «Le «Swiss made» est le poumon de notre économie. Mais cette étiquette fait que nos produits coûtent 20% plus cher, signale-t-il. Toutefois, les Indiens sont prêts à payer 65% de plus pour du chocolat suisse. Et les Japonais, le double du prix pour de la qualité suisse.»

Fondée en 1986, l’ASEH regroupe 12 écoles, sur la quarantaine que compte le pays. Les poids lourds de la branche, comme l’Ecole hôtelière de Lausanne ou le groupe américain Laureate (deux écoles en Suisse – Glion et Les Roches –, pour près d’un million d’étudiants dans le monde), sont les grands absents de cette union sacrée. «N’y voyez aucun clivage. Il s’agit d’un choix politique de leur part, conclut Alain Burnier. Ce sont les mêmes réflexions stratégiques qui font qu’Hotelleriesuisse n’a pour l’heure pas souhaité rejoindre notre comité.»

«Les Indiens et les Japonais sont prêts à payer entre 65et 100% plus cher pour du Swiss made»