Les écoles privées genevoises ont obtenu le droit de délivrer leur propre maturité

Réforme Jusqu’ici, les établissements non publics du canton ne faisaient que préparer les étudiants aux examens fédéraux

Le système leur permet à présent de se réapproprier la classe moyenne et de fidéliser leurs étudiants

Du nouveau dans le paysage écoles privées genevoises: ces établissements pourront désormais préparer leurs propres examens de maturité et évaluer eux-mêmes leurs élèves. Auparavant, comme dans le reste de la Suisse romande, ces écoles se contentaient de préparer les étudiants à des examens fédéraux organisés par le Secrétariat d’Etat à la formation (SEFRI).

L’Ecole Moser est à l’origine du processus de réforme. Son directeur Alain Moser explique: «Nous souhaitons pérenniser notre enseignement sur le long terme et fidéliser nos étudiants. Après le cycle d’orientation, beaucoup de parents remettent leurs enfants dans le public. Bien sûr, certains le font pour des raisons financières, mais je suis persuadé que beaucoup d’autres sont découragés par le système actuel de maturité fédérale. Nous voulons continuer à toucher cette classe moyenne supérieure.»

La maturité fédérale est divisée en deux sessions d’examens, qui se déroulent en février ou à la fin de l’été, dans chacune des trois régions linguistiques. Contrairement au système public, les notes obtenues durant l’année ne comptent pas pour la maturité.

Pour Alain Moser, la réforme vient avant tout réparer une injustice: «Les élèves jouent actuellement leur va-tout face à des examinateurs qu’ils rencontrent pour la première fois et dans des établissements qu’ils découvrent le matin même. Cela représente un stress supplémentaire. Notre démarche est avant tout pédagogique.»

La mise en place de la réforme de Bologne a entraîné d’autres inconvénients. La rentrée universitaire étant avancée à la mi-septembre, de nombreux élèves sont contraints d’effectuer la transition collège-université sans pouvoir profiter de vacances entre les deux.

Du côté de l’Association genevoise des écoles privées (AGEP), on estime le changement davantage conforme au calendrier en place: «La maturité interne nous amène un projet plus adapté à la suite du cursus des élèves et nous permet de mieux les préparer aux exigences universitaires. Ce système a fait ses preuves. Il existe depuis de nombreuses années dans d’autres régions et n’a jamais créé de polémique», argumente son président Sean Power, également directeur de l’Institut Florimont.

En Suisse alémanique, on a déjà fait le pas de ces «maturités internes», mais seules certaines écoles privées sont accréditées pour les organiser. Sur son site nyonnais, l’Ecole Moser devra continuer à proposer des maturités fédérales. Le canton de Vaud, comme le reste de la Suisse romande, n’autorise pour l’instant pas les écoles privées à organiser leurs propres examens.

Pour l’Ecole Moser, qui a lancé le processus, il s’agit d’un combat de 15 ans. «Mon père, Henri Moser, avait entamé les démarches sous le mandat de Martine ­Brunschwig Graf. Celle-là n’ayant pas été réélue, les choses se sont tassées. Le dossier a été rouvert en 2010 et il a fallu attendre la fin du mandat de Charles Beer pour qu’un protocole d’accord soit signé par le Département de l’instruction publique (DIP). La première volée concernée par cette réforme passera cette «matu interne» en 2017.»

Le DIP rappelle pourtant qu’il n’est, à ce jour, pas encore possible de fixer un calendrier. Aucune école privée n’a pour l’heure obtenu la reconnaissance de la Commission suisse de maturité. Pour la conseillère d’Etat Anne Emery-Torracinta: «De nombreuses questions pratiques se posent quant à l’application du protocole de collaboration établi entre l’AGEP, l’université et le DIP.» Par exemple, comment s’assurer d’une homogénéité de niveau entre le privé et le public une fois la reconnaissance obtenue? «Je ne suis pas sûre que ce flou soit très avantageux pour les élèves. Ils pourraient être pénalisés si ces maturités internes n’étaient finalement pas reconnues», précise-t-elle.

Le débat est aussi idéologique. Anne Emery-Torracinta rappelle que cette mesure lui a été léguée par son prédécesseur Charles Beer: «Le DIP doit donc respecter son engagement, même si, à titre personnel, je n’aurais pas été dans ce sens. J’estime en effet que l’éducation est une tâche régalienne incombant à l’Etat.»

A l’inverse, Alain Moser regrette le manque de compréhension vis-à-vis des écoles privées. «Dans les cantons de Vaud et de Genève, on est historiquement plus méfiant vis-à-vis de ces instituts. A Genève, 17% des jeunes sont scolarisés dans le privé, soit 12 000 élèves. La complémentarité entre l’offre publique et l’offre privée devrait être mieux reconnue», conclut-il.

«Le DIP doit respecter son engagement, même si, à titre personnel, je n’aurais pas été dans ce sens»