Il était en avance. A la mi-janvier déjà, l’Aiglon College, à Chesières, s’inquiétait du coronavirus. Cet internat accueille environ 380 élèves, de plus de 60 nationalités. Et parmi eux, plus de 40 élèves chinois.

«Pour les vacances de février, au vu de ce qui se passait en Chine, nous avons gardé nos logements ouverts pour que ces étudiants puissent rester en Suisse et éviter la quarantaine en revenant de chez eux», raconte Richard McDonald, directeur. Puis le nombre de cas en Europe a aussi explosé. L'établissement a décidé le 11 mars de fermer ses portes, deux jours avant l’annonce du Conseil fédéral qui demandait aux écoles suisses d’agir de la même manière.

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Les écoles privées en font souvent un élément marketing: nombre d’entre elles comptent des élèves qui viennent du monde entier. Que se passe-t-il alors quand les écoles, les internats en particulier, ferment leurs portes? La majorité des étudiants sont partis dès la fermeture de l’Aiglon College. Il a fallu attendre une semaine pour que l’internat se vide tout à fait: certains devaient régler des problèmes de passeport ou attendre un vol. «Quelques élèves sont aussi restés en Europe, dans des appartements loués par leur famille», précise Richard McDonald.

Tous les élèves de l’Aiglon qui souhaitaient rentrer dans leur pays ont pu le faire. L’entrée dans les pays voisins relève de la responsabilité des autorités étrangères, précise le Secrétariat d’Etat aux migrations. La Suisse n’empêche personne de quitter le pays. «Le plus compliqué sera, pour les étudiants, d’obtenir un visa de retour pour la rentrée de septembre», craint Christophe-Xavier Clivaz, directeur de Swiss Learning, plateforme qui représente les écoles privées helvétiques à l’étranger.

«Beaucoup de ces écoles avaient déjà un plan B»

Mais l’aspect international de ces écoles se révèle être un atout, tout comme les moyens dont elles disposent souvent. «Beaucoup d'entre elles avaient déjà un plan B, des programmes prêts au moment de l’annonce du Conseil fédéral», rapporte Christophe-Xavier Clivaz. «Certaines écoles ont déjà des infrastructures techniques et des moyens de communication en ligne avec les parents, qui facilitent la mise en place d’un enseignement à distance», constate aussi Baptiste Müller, secrétaire général de l’Association vaudoise des écoles privées. Et les internats sont souvent particulièrement réactifs parce qu’ils sont très connectés au monde international. Ils savent bien que la Suisse n’est pas une île», précise-t-il.

Qu’en est-il de l’enseignement à distance dans ces écoles? La dimension internationale implique aussi des défis particuliers. «Certains de nos élèves vivent en Californie, d’autres au Japon, il n’existe donc que de brefs créneaux pour des cours en direct, constate Richard McDonald. Tous seront donc aussi enregistrés.» Les enseignements à distance de l’Aiglon College, via Google Classroom, commencent le 6 avril. Deux semaines de transition ont servi au retour des élèves chez eux et à la formation des enseignants.

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Pour certains élèves, le retour à domicile s’avère cependant délicat, notamment pour la poursuite des études. «Nous avons des élèves boursiers qui viennent du Zimbabwe, du Bhoutan, ou encore du Népal, note Richard McDonald. Nous leur fournissons un ordinateur portable, mais il faut qu’ils aient un bon accès au réseau chez eux. Nous avons par exemple un élève qui est rentré au Kenya. Mais comme il vit loin des villes, il est hébergé à Nairobi pour pouvoir poursuivre les cours à distance.»

«Bénéficier de l’expérience des écoles en Asie»

Le Collège Champittet, basé à Pully et à Nyon, a aussi profité de son réseau international et de ses ressources techniques pour mettre en place un enseignement en ligne dès le lundi 16 mars, après avoir formé les enseignants. «Nous faisons partie du groupe international d’écoles privées Nord Anglia Education. Nous avons donc bénéficié de l’expérience des écoles en Asie, qui vivent déjà cet enseignement à distance, détaille Agnès Gabirout, directrice des ressources humaines du collège. Les élèves suivent désormais les cours en direct sur Microsoft Teams.» Les étudiants en internat à Champittet sont aussi en majorité rentrés chez eux.

Pour les professeurs et les élèves, le quotidien a peu changé, sans bouleversement soudain. «Nous avons mis en place un pilote durant deux semaines, avant la fermeture de l’école, raconte Aurore Chestier, enseignante de français et de latin au Collège Champittet. Nous avons testé Microsoft Teams alors que j’étais dans une salle et les élèves dans d’autres.» Et depuis le 16 mars, les horaires de cours à distance demeurent identiques. «Pour éviter trop d’écran, les matières comme les maths, le français ou les langues étrangères sont donnés en visioconférence, tandis que d’autres se font via des travaux individuels que l’enseignant corrige ensuite», précise Aurore Chestier. Pour les élèves de Champittet, tout n’est pas nouveau: ils sont depuis plusieurs années équipés d'iPad et pratiquent souvent la classe inversée: ils travaillent en amont sur un sujet qui est ensuite abordé en classe sous forme d’échanges.

Le baccalauréat international annulé

Si les cours des écoles privées se poursuivent en ligne, la question des diplômes se pose: les examens de maturité ou du baccalauréat français sont pour l’instant maintenus. Le baccalauréat international, examen que proposent nombre d’écoles privées, a, lui, été annulé concernant la session de mai 2020. Mais les élèves seront diplômés quand même grâce à des évaluations régulières.

Cette préparation en amont de nombre d’écoles privées, ces enseignements en ligne calibrés et ces diverses plateformes ont rendu la transition vers l’école à la maison plus naturelle. Mais ils impliquent des moyens financiers qui ne sont pas ceux des écoles publiques et de tous ses élèves, entre lesquels les inégalités pourraient bien se creuser.

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