Éducation

Les écoles privées suisses s’ouvrent à l’international

Visites d’universités, voyages culturels et projets humanitaires… Les établissements de prestige multiplient les échanges avec les institutions étrangères. Au grand bonheur de leurs élèves, qui grandissent en véritables citoyens du monde

Ils ont fait leur valise, pris leur pyjama, leur téléphone et leur peluche préférée. Quatre élèves du Collège Champittet, à Pully et Nyon, s’envoleront dimanche pour Cambridge, aux Etats-Unis, où se trouve le prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT). Les petits chanceux sont deux filles et deux garçons, âgés de 10 à 12 ans, qui étudient à Champittet en 8e Harmos. Ils passeront une semaine au MIT avec une centaine d’autres camarades de leur âge, à la faveur d’un échange mis en place l’année dernière entre l’université scientifique et le groupe chinois auquel appartient Champittet depuis 2009, le Nord Anglia Education.

Philippe de Korodi, directeur général de l’établissement, ne tarit pas d’éloges sur ce programme unique. «C’est évident que c’est l’un des avantages d’appartenir à un groupe international comme Nord Anglia, remarque-t-il. Ils sont en mesure de frapper à des portes auxquelles je ne pourrais jamais frapper. Selon moi, toutes les écoles privées indépendantes devraient se demander si elles ne voudraient pas unir leurs forces. Cela leur donnerait plus de poids pour proposer des partenariats avec des établissements d’envergure mondiale.»

Susciter des vocations

Pour les élèves de Champittet, le programme n’a rien de touristique. Sur place, ils vont travailler sur des projets, assistés par des coaches, qui sont assistants professeurs au sein de l’université. Ils visiteront le campus ainsi que les laboratoires de recherche du MIT et d’Harvard. «Des activités de loisir sont aussi prévues, précise Philippe de Korodi. Comme notamment un concert et une petite fête.» Les quatre élèves auront bien mérité un peu de répit: pour partir au MIT, ils ont dû présenter un dossier de candidature fourni, avec une lettre de motivation, et démontrer que leur niveau d’anglais était suffisant. Ils ont aussi réalisé un petit devoir, évalué par un jury interne à l’école. Toute une histoire…

Le partenariat ne se limite pas au voyage. Au Collège de Champittet, plusieurs projets pédagogiques sont menés, inspirés du MIT et de son approche pluridisciplinaire. «Il s’agit de résoudre des problèmes concrets, par exemple comment on organise les transports dans une ville, comment on réduit notre dépendance au carburant, etc., explique Philippe de Korodi. Nous qui avons parfois des réflexes de chapelle, cela nous pousse à travailler de manière plus coopérative.»

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De son côté, le MIT y voit aussi des avantages, comme celui de susciter des vocations scientifiques chez de jeunes talents prometteurs, et ce aussi bien chez les filles que chez les garçons. Quant aux autres élèves de Champittet, ils peuvent se consoler avec les multiples autres possibilités de voyages éducatifs proposés par l’établissement, comme des ateliers prévus au siège de l’Unicef, à New York, au mois de juillet.

Caraïbes et Kenya

Champittet n’est évidemment pas la seule école privée suisse à s’ouvrir sur le monde. Le Collège du Léman, qui appartient également à Nord Anglia Education, profite d’un «campus global» qui encourage élèves et professeurs à collaborer partout dans le monde. Le groupe basé à Hongkong compte 55 écoles dans 25 pays dont le Brésil, le Cambodge, le Qatar ou encore l’Espagne. Parmi les événements organisés se trouve un voyage humanitaire en Tanzanie, une compétition sportive en Europe, ainsi que le fameux «trip» au MIT.

Bien évidemment, les autres écoles privées suisses sont nombreuses à avoir compris l’intérêt de s’ouvrir sur le monde, sans perdre ce qui fait l’attrait de l’éducation à la sauce helvétique. A Rolle, l’Institut Le Rosey, créé en 1880, qui a formé de nombreux princes et stars de la musique, organise des séjours à l’étranger depuis 25 ans. Il envoie aussi ses étudiants visiter des universités de renom en Angleterre et aux Etats-Unis, afin de préparer la suite de leur parcours scolaire.

Suivant l’adage «les voyages forment la jeunesse», l’établissement organise des séjours pédagogiques à la Silicon Valley en Californie, envoie ses talents étudier la biologie sous-marine aux Caraïbes ou découvrir les Massaïs au Kenya, et même visiter le Real Madrid dans la capitale espagnole. Ces excursions sont inaccessibles pour la majorité des gens. Mais les élèves du Rosey, eux, ne sont pas représentatifs de la majorité: avec des tarifs à plus de 100 000 francs l’année, l’institut s’adresse à une clientèle ultra-riche.

Construire une maison

L’Ecole internationale Brillantmont, elle, a des tarifs moins élevés et ne compte que 130 élèves. Et si ceux-ci partent en voyage, ce n’est pas pour faire du tourisme, ni du shopping: l’établissement tient à ce que le séjour soit humanitaire, via le projet Habitat for Humanity. «A travers différentes manifestations au sein de l’école, les élèves travaillent toute l’année pour récolter des fonds, explique Sarah Frei, responsable des relations extérieures à Brillantmont.

Le point culminant de l’année est un voyage pour aller construire une maison. Cette année ils se rendront à Braga, au Portugal, où ils rencontreront une famille dans le besoin, avec qui ils construiront une maison en briques et en mortier». Ginette Tongue, coordinatrice de l’activité, relève que les élèves sont profondément marqués par cette expérience et qu’ils sont nombreux, par la suite, à s’engager dans des activités de lutte contre la pauvreté.

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