Rétrospective

En économie, les douze personnalités qui ont marqué 2018

L'année avait commencé en toute confiance. Les mesures de relance prises ces dernières années avaient requinqué l'économie mondiale. Puis guerre commerciale, Brexit et soubresauts géopolitiques ont instauré l'incertitude

Mark Schneider, le restructurateur de Nestlé

Les secondes s’écoulent comme des minutes. Mark Schneider se concentre, hésite, puis re-réfléchit. Posée à la fin d’une interview portant sur la suppression de centaines de postes et la détérioration (apparente) de l’image de Nestlé en Suisse, la question semblait plutôt légère: «Quel produit Nestlé amèneriez-vous sur une île déserte?»

Le directeur général de la multinationale, entré en fonction en janvier 2017, finit par égrainer, méfiant: «Une capsule Nespresso, Arpeggio. Les violettes.» Au lendemain d’une restructuration historique qui a coûté 580 postes en Suisse, Mark Schneider semble craindre l’incident diplomatique. Comme si cette incartade toute en subjectivité pouvait briser le fragile exercice d’équilibriste auquel se livre l’Américano-Allemand depuis son arrivée à Vevey.

En juin 2018:  Mark Schneider: «Nestlé ne fait pas de déclarations bon marché»

Trancher avec le passé

Depuis son arrivée, tous les employés consultés évoquent un changement de culture qui a pénétré tous les échelons de l’entreprise. Un management «à l’américaine» qui n’a plus de mal à trancher avec le passé. «Le rythme des changements est rapide, c’est vrai. Mais c’est exactement le mandat qui m’a été attribué», rappelait au Temps l’ancien directeur de Fresenius, spécialiste allemand de la santé.

On l’a bien compris: il n’y a plus de vaches sacrées, ou de «marchés protégés» comme se plaît à rectifier la direction. «Il n’est pas sain que les employés aient l’impression que certains pays sont protégés», laisse planer le directeur général. Les coupes se poursuivent donc urbi et orbi. Vente de la division confiserie aux Etats-Unis, restructuration de Galderma France, fermeture de son usine soleuroise, délocalisation du département informatique, déménagement du siège Nespresso à Vevey, fermeture du musée Nest, vente de Gerber Life Insurance.

10% du portfolio modifié

Nestlé manie en réalité tout aussi bien le chéquier pour s’offrir des stars de l’agroalimentaire, comme les 7,1 milliards de dollars investis pour la commercialisation des produits Starbucks. Les 2,3 milliards payés pour le spécialiste canadien de la santé nutritionnelle Atrium Innovations. Ou les 425 millions de la prometteuse jeune pousse californienne Blue Bottle Coffee.

Le groupe aux 3000 marques avait évoqué un remaniement de 10% de son portfolio, entre les cessions et acquisitions. «Nous n’y sommes pas encore», lâchait récemment l’un de ses cadres. L’année 2019 devrait être tout aussi mouvementée, soufflait-on lors de la rencontre annuelle avec les journalistes qui suivent l’actualité de Nestlé.

Mark Schneider devrait donc poursuivre sa partition faite de rationalisation et de sacrifice. Seulement perturbé par les questions qui sortent du cadre. (ABC)


En 2018, Jean-Claude Biver a tiré sa révérence. Deux fois

Cet automne, Jean-Claude Biver est sorti de scène deux fois. La première a eu lieu en septembre lorsque celui qui était le patron de la division horlogère du groupe français de luxe LVMH a annoncé officiellement qu’il quittait toutes ses fonctions opérationnelles. Et ne conservait qu’un rôle de président non exécutif.

Après avoir combattu une vicieuse maladie pendant de longs mois, après avoir piloté simultanément la relance de Zenith – avec l’aide précieuse de Julien Tornare – et les activités quotidiennes de TAG Heuer (Hublot tourne seule, sous la conduite de Ricardo Guadalupe), Jean-Claude Biver a ainsi lâché la main via un simple communiqué de presse, confirmant des fuites dans la presse.

A ce propos: Jean-Claude Biver cède la direction de TAG Heuer

Remise de prix émouvante

Mais, quelques lignes dans un courrier électronique, c’était un peu maigre pour saluer l’immense carrière, unanimement reconnue, de l’une des figures les plus marquantes de l’histoire de l’industrie horlogère. Un communiqué en deux langues, c’était en deçà du minimum pour celui qui a, au fil de sa carrière tout entière dédiée à la montre, successivement insufflé de nouvelles dynamiques à Blancpain, Omega, Hublot, TAG Heuer puis Zenith.

Alors, il y a eu la soirée du 9 novembre. Ce soir-là, le jury du Grand Prix d’horlogerie de Genève a remis un prix spécial à Jean-Claude Biver pour l’ensemble de sa carrière. Devant un parterre rempli à craquer de centaines de représentants de l’industrie, après une standing ovation l’émouvant aux larmes, Jean-Claude Biver a tenu un discours vibrant. En rappelant notamment «qu’il est impossible de prendre la retraite d’une passion». Ce n’est donc peut-être qu’un au revoir. (VG)


Johann Schneider-Ammann, libéral, avenant, pesant

Visiblement fatigué, Johann Schneider-Ammann ne sera pas resté jusqu’au terme de la législature. A-t-il été un bon ministre de l’Economie? Les esprits libéraux et les milieux patronaux répondront sans hésiter: oui. Convaincu du rôle subsidiaire de l’Etat, le Bernois n’a pas été un chantre de la réglementation. Il faut reconnaître qu’il a profité de la haute conjoncture, ce qui lui a épargné quelques débats difficiles, par exemple sur l’éventuel renforcement de l’arsenal législatif contre le chômage. L’industrie d’exportation, milieu dont il est lui-même issu, apportera la même réponse.

Agriculture, un chantier ouvert

Durant ses huit années de Conseil fédéral, il n’a pas ménagé ses efforts pour leur ouvrir les marchés étrangers dans le cadre de missions économiques et de négociations d’accords de libre-échange. Les paysans, en revanche, répondront: non. Il ne s’est éveillé que tardivement à leurs soucis et transmet à son successeur Guy Parmelin un chantier ouvert.

Les pros de la communication répondront eux aussi: non. Son expression pesante l’a handicapé et il est dommage que certains ne gardent de lui que le souvenir de son éprouvant discours présidentiel lors de la Journée des malades, en 2016. Avenant, Johann Schneider-Ammann vaut mieux qu’un slogan sur le rire et la santé. Mais il n’a pas su le montrer. (BW)

Une discussion en vue de son départ: Johann Schneider-Ammann: «J’ai un téléphone rouge avec Pékin»


Susanne Ruoff, l’apprentissage insuffisant

Nommée à la direction de La Poste en 2012, Susanne Ruoff avait séduit par son profil et son parcours professionnel: sa longue carrière chez IBM et British Telecom Switzerland avaient convaincu le conseil d’administration qu’elle était la bonne personne pour réussir le virage numérique de l’entreprise.

Le défi consistait à développer toutes les possibilités offertes par le numérique pour compenser l’inéluctable effondrement du marché des lettres. Elle ne connaissait alors pas grand-chose du service universel, qui fait partie du mandat de base de La Poste. Mais elle a appris. Elle a appris ce qu’est un office de poste, un autocar jaune, le partenariat social.

Sonnette d'alarme

Puis est survenue la révélation des subventions de CarPostal. Là, elle s’est pris les pieds dans le tapis. Alors que la sonnette d’alarme avait été tirée depuis plusieurs années à l’interne comme à l’externe, elle a affirmé n’avoir rien su de ces détournements d’indemnités publiques avant novembre 2017. Elle a tenté de résister face au scandale, mais elle a fini par chuter. Elle a démissionné le 10 juin avec effet immédiat. Pour le conseil d’administration, qui avait beaucoup misé sur cette quinquagénaire venue du privé et du monde de l’informatique, l’échec est cinglant. (BW)

Lire aussi: Susanne Ruoff, sa passion pour l’innovation n’aura pas suffi


Pierin Vincenz: le banquier déchu

C’est un banquier «sous le choc» qui s’est retrouvé un matin de fin février à ouvrir sa porte à des policiers zurichois chargés de procéder à une perquisition. Pierin Vincenz, l’ancien patron de Raiffeisen, soupçonné de gestion déloyale et de conflits d’intérêts, avait vu une première enquête contre lui bouclée par la Finma à la fin de l’année précédente.

C’était compter sans Aduno, qui avait déposé une plainte pénale, suivie par Raiffeisen Suisse, contre son ancien dirigeant. Dans les heures qui suivent, la justice zurichoise met le Grison en garde à vue. Sa détention durera jusqu’en juin. L’enquête est toujours en cours.

En parallèle, les révélations sur Pierin Vincenz ont conduit à plusieurs bouleversements au sein de Raiffeisen. A commencer par une enquête sur les dysfonctionnements de sa gouvernance, puis une refonte de son conseil d’administration. Patrik Gisel, qui dirigeait la banque depuis le départ de celui dont il avait été le bras droit, a fini par jeter l’éponge, sous la pression. (MF)

Lire également: Pierin Vincenz, banquier sous le «choc»


Elon Musk, au-delà des frasques

Elon Musk a survécu à 2018. Et pourtant, il y a quelques semaines à peine, on ne donnait pas cher de l’entrepreneur d’origine sud-africaine. Celui qui est directeur, entre autres, de Tesla et de SpaceX semblait perdu. Il avait fumé un joint à l’antenne, avait accusé de pédophilie – sans preuve – un plongeur britannique et avait suscité l’émoi parmi les investisseurs de Tesla en affirmant, d’un tweet, retirer la société de la bourse…

Sans cesse au bord du burn-out, le milliardaire dont les nuits sont des plus courtes multipliait les excès. L’homme était sous pression et dormait récemment dans les usines de Tesla: incapable de respecter les délais de production, le constructeur de voitures électriques semblait au bord de la faillite.

Assagi

Mais depuis quelques semaines, Elon Musk ne fait quasiment plus parler de lui. Celui qui a dû renoncer à la présidence de Tesla – mais qui en garde la direction – semble assagi et le constructeur semble en mesure d’accroître la cadence sur ses lignes de production. SpaceX multiplie les vols et une autre de ses sociétés, The Boring Company, vient d’inaugurer un tunnel d’essai à Los Angeles. Du coup, 2019 pourrait être l’année de la consécration pour Elon Musk. (AS)

Le 8 novembre 2018: Elon Musk cède une casquette chez Tesla


Jack Ma, en retrait

L’homme est discret, parle peu et demeure largement méconnu des technophiles occidentaux. Jack Ma, à la tête d’une fortune de 39 milliards de dollars, est pourtant l’un des hommes les plus puissants du monde technologique. Il a créé Alibaba, le pendant chinois d’Amazon, qui affiche une croissance annuelle de 54%. Pour la seule journée du 11 novembre (lors de la «fête des célibataires»), son entreprise a réalisé un chiffre d’affaires de… 30,4 milliards de francs.

Jack Ma a fait parler de lui avec une phrase, cette année: «La guerre commerciale est la chose la plus stupide au monde», avait-il affirmé sans mentionner explicitement le nom de Donald Trump. Pour le reste, l’homme va retourner dans l’ombre. Début septembre, il annonçait son départ à la retraite le jour de ses 54 ans. Il s’investira davantage dans la philanthropie mais continuera à conseiller Alibaba. (AS)

A lire: L’ombre de Jack Ma continuera de planer sur la Chine


Sheryl Sandberg, une icône à l’image ternie

Facebook, c’est bien sûr Mark Zuckerberg, dont les auditions devant les parlementaires américains après le scandale Cambridge Analytica ont marqué les esprits cette année. Mais Facebook, c’est aussi Sheryl Sandberg, la directrice opérationnelle du réseau social. Cette femme de 49 ans au parcours jusqu’à présent parfait connaît très bien la maison: c’est en 2008 déjà que Mark Zuckerberg l’engage pour l’épauler.

Et c’est elle qui imagine en partie le modèle d’affaires de Facebook, basé sur les publicités ciblées – avec le succès que l’on connaît. Auparavant, elle avait été assistante du secrétaire au Trésor sous la présidence de Bill Clinton, puis embauchée par Google. Son livre En avant toutes, publié en 201 et consistant en une ode aux femmes et un appel à l’action, avait connu un succès mondial.

Eminence grise en danger

Depuis quelques semaines, celle qui semblait jusqu’à présent être l’éminence grise de Facebook a vu son image ternie. Car Sheryl Sandberg a récemment été mêlée à un scandale lié à George Soros. Le réseau social a reconnu que Sheryl Sandberg avait personnellement demandé à ses équipes d’enquêter sur le milliardaire et philanthrope, devenu depuis l’affaire russe l’un des critiques les plus véhéments du réseau social. Facebook avait engagé Definers, agence de communication à la réputation sulfureuse, pour contre-attaquer face aux critiques le visant. Et Definers avait tenté de lier les attaques dont Facebook faisait l’objet à George Soros.

Après avoir nié toute implication dans cette affaire, Sheryl Sandberg avait admis avoir «reçu un petit nombre de mails dans lesquels Definers était cité». Depuis, malgré le soutien sans faille du conseil d’administration de Facebook et de Mark Zuckerberg, Sheryl Sandberg se fait discrète. Elle aura beaucoup de travail, en 2019, pour améliorer l’image du réseau social miné par les scandales. (AS)

A son sujet: La numéro 2 de Facebook, contestée, soutenue par le conseil d'administration


Steven Mnuchin tempère la guerre commerciale

Le secrétaire d’Etat américain au Trésor Steven Mnuchin est l’un des éléments modérés de l’administration Trump. Si cela ne dépendait que de l’imprévisible président Trump et de son faucon de secrétaire au Commerce Robert Lighthizer, les Etats-Unis seraient déjà engagés dans une guerre commerciale autrement plus féroce contre la Chine.

Donald Trump allume le feu, Steven Mnuchin fait le pompier. Dès le déclenchement des hostilités en mars avec la Chine, le secrétaire d’Etat au Trésor s’est fait l’un des principaux interlocuteurs de Pékin pour chercher un compromis. Il est resté sur le front tout au long de l’année. Il traite avec le vice-premier ministre chinois Liu He.

Une revue de presse pendant Davos 2018: La cacophonie Trump-Mnuchin met le marché des changes en ébullition

«S'invectiver à grand renfort d'injures»

Steven Mnuchin était le principal architecte de la trêve dans la guerre commerciale signée en décembre entre Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping à Buenos Aires. Les deux dirigeants se sont accordé un délai jusqu’à fin février prochain pour répondre aux revendications des uns et des autres.

Le New York Times raconte que Steven Mnuchin et Peter Navarro, conseiller du président américain sur les politiques commerciales et industrielles et partisan de la méthode dure, étaient récemment dans une séance de négociations avec les Chinois. Ouvertement en désaccord, les deux Américains sont sortis de la salle pour «s’invectiver à grand renfort d’injures devant tout le personnel présent». (RE)


Philip Hammond: l'incertitude pré-Brexit

Tout ministre des Finances s’appuie sur un certain nombre de données fermes pour définir sa politique. Mais pour Philip Hammond, chancelier de l’Echiquier depuis juillet 2016 dans le gouvernement de Theresa May, la tâche a été particulièrement compliquée. Car il y a un fait: le Royaume-Uni sortira de l’Union européenne le 29 mars prochain. Pour le reste, les conditions dans lesquelles cette sortie va s’opérer restent totalement imprécises.

C’est seulement en janvier que le parlement britannique se penchera sur l’accord négocié avec Bruxelles pour un divorce à l’amiable. Philip Hammond a ainsi navigué dans l’incertitude toute l’année et géré une économie en perte de confiance même si Londres a décrété, l’été dernier, la fin de dix années d’austérité.

Parmi les lanternes rouges

Le Brexit a déjà un coût pour l’économie britannique. Depuis le vote en faveur du Brexit en juin 2016, la livre britannique a perdu entre 15 et 20% de sa valeur par rapport aux principales devises. Le taux de croissance de l’économie britannique est passé de 2,9% en 2014 à 1,4% en 2018, ce qui place le Royaume-Uni parmi les lanternes rouges en Europe. L’an prochain, il dégringolerait à 0,3%.

Pour Philip Hammond donc, le défi est de minimiser l’impact économique du Brexit. Pour ne prendre qu’un exemple, les nuages s’accumulent déjà sur l’avenir de la City. Le secteur de la finance (banques, assurances, gestion d’actifs) emploie plus de 320 000 personnes dans le Grand Londres et 2,3 millions dans tout le pays, y compris les emplois indirects. Et de nombreuses institutions financières se préparent à déménager dans d’autres capitales européennes. (RE)

Retrouveznotre chronologie en images du Brexit.


Edouard Philippe,  le réformateur intransigeant

Edouard Philippe le sait: si Emmanuel Macron ne parvient pas, dans les premières semaines de 2019, à sortir pour de bon de l’ornière des «gilets jaunes», ses heures à Matignon seront comptées. Impossible en effet, pour le premier ministre français, issu de la droite et entré tard en Macronie, d’échapper au sort qui guette tous les chefs de gouvernement sous la très présidentielle Ve République: celui de fusible. Un fusible que le chef de l’Etat pourrait décider de changer au printemps, à l’approche des élections européennes du 26 mai…

Cette incertitude, l’ancien maire du Havre a néanmoins appris à la gérer en s’imposant deux règles depuis son arrivée à l’hôtel Matignon, le 15 mai 2017. Règle N° 1: miser sur la technocratie pour mettre au pas, en particulier sur le plan budgétaire, les ministres les plus «macroniens». Règle N° 2: distiller, au fil de ses rencontres nationales et internationales, le message sur l’état préoccupant d’une France dont la «transformation» n’est pas souhaitable, mais impérative. Son pari? Une majorité silencieuse et raisonnable existe dans l’Hexagone. Aussi virulents soient-ils, les Français ne sont pas vent debout contre le changement.

«Fusible»

Tout au long de l’année 2018, ce réformateur intransigeant, disciple du maire de Bordeaux Alain Juppé, a donc joué en défense. Sauf sur une mesure controversée – celle de la limitation à 80 km/h de la vitesse sur les routes secondaires –, Edouard Philippe est resté à l’arrière, en commandant en chef du vaisseau gouvernemental. Résultat: une cote de popularité légèrement supérieure à celle du président, une stature de recours potentiel, et une réputation de maturité politique renforcée par l’amateurisme de la majorité parlementaire et de l’entourage élyséen. Au bout d’une épuisante année de réformes et de convulsions politico-sociales, l’habileté de ce «fusible» est de s’être protégé contre les courts-circuits. (RW)

Lirenotre récit des mois de cauchemar pour Emmanuel Macron en 2018.


Carlos Ghosn, le samouraï vaincu

Ce duel-là, Carlos Ghosn ne pourra sans doute pas le remporter. Arrêté le 19 novembre au Japon et inculpé de fraude fiscale, le président de l’alliance Renault-Nissan a, le 21 décembre, fait l’objet d’une troisième mise en examen pour «abus de confiance». La machine judiciaire nipponne ne lui a, jusque-là, laissé aucune chance: tout, de son arrestation mise en scène devant les médias à son incarcération, vise à faire craquer celui que la presse japonaise, jadis, considérait comme le meilleur «samouraï» des affaires.

Pour l’homme Carlos Ghosn, la descente aux enfers est totale. Au fil des fuites distillées dans les médias, son itinéraire ressemble désormais à celui d’un entrepreneur avide, plongé dans un bain effarant de luxe, propriétaire de villas aux quatre coins du monde, acquises grâce à la complicité de juristes dévoués corps et âme. Le grand patron, lui, sort encore plus broyé de ce mois passé entre les mains de la justice: sa clairvoyance d’ingénieur, son talent pour trouver de nouveaux marchés et sa connaissance fine de l’automobile se retrouvent au second plan. Comme si Nissan, dont il a assuré le redressement au début des années 1990, avait été sa proie plus que son entreprise.

L'embuscade finale

Déchu, Carlos Ghosn va à coup sûr continuer à se battre. Mais au pays du soleil levant, toujours aussi monolithique quand il s’agit des intérêts de l’Archipel et de sa classe industrielle dominante, sa capacité à retourner l’opinion et les juges paraît infime. Le samouraï Carlos Ghosn l’avait emporté parce qu’il sut porter les coups de sabre fatals aux vieux démons de Nissan. L’embuscade finale de cet hiver 2018 le laisse terrassé, et économiquement blessé à mort. (RW)

Lire également: Carlos Ghosn, du miracle au piège nippon

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