«Rêve ta vie en couleurs, c'est le secret de la réussite», dit l'adage. Un apophtegme parfaitement appliqué par David Maurer, patron de 28 ans de la société Colorix, qui produit des décrypteurs de couleurs. Après quatre ans d'existence, avec des hauts et aussi quelques bas, la jeune pousse, implantée à Néode (parc technologique de Neuchâtel), va passer cette année à la vitesse supérieure. Lauréat du prix Nets 2004 (New Entrepreneur in Technology and Science), David Maurer veut étendre ses activités sur les marchés européen et américain. Sur le Vieux Continent, la priorité a été fixée sur la France, l'Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique. «Je suis un client très régulier d'une compagnie aérienne à bas coûts», glisse le patron.

Autre cap d'importance: les Etats-Unis. Ce marché recèle énormément de potentiel, se réjouit David Maurer. Grâce à une forte concentration des acteurs au niveau de la distribution (contrairement à l'Europe), l'implantation ne devrait pas être trop ardue, ni trop onéreuse. L'ensemble du pays est visé. Une filiale est d'ailleurs en voie de création pour vendre le produit phare de Colorix, à savoir des appareils capables de discerner une palette de 7500 couleurs différentes. En un clic, les peintres peuvent savoir avec exactitude à quelle couleur ils sont confrontés.

Grâce à cette efficacité et à la maniabilité du produit, les clients commencent à mordre à l'hameçon. Colorix a ainsi écoulé 260 lecteurs en huit mois l'an passé. Soit le double de ce que David Maurer avait prévu. Et pour l'année en cours? Le patron sourit mais ne souhaite pas répondre. Sans forfanterie, il finit par lâcher que l'objectif a été fixé à 1000 appareils. Soit quatre fois ceux vendus en 2005. Ce qui ferait un chiffre d'affaires légèrement supérieur au million de francs.

Intérêt de 87% des sociétés actives dans la peinture

Colorix n'est évidemment pas la seule société active dans cette niche. Mais elle ne se différencie par un produit meilleur marché (quelque 1000 francs contre 5000 à 70000 francs pour la concurrence). Breveté, le ColorCatch a aussi l'avantage de tenir dans une poche et permet aux architectes, aux peintres en bâtiment et à tout corps de métier travaillant avec des couleurs de mesurer la teinte la plus proche correspondant à leurs collections.

En Suisse, il s'est notamment associé à Akzo Nobel Coatings et Swiss Lack pour la distribution. Selon une étude de marché menée conjointement par Colorix et les distributeurs, quelque 87% des entreprises suisses actives dans la peinture seraient intéressées par l'appareil. Et même à se procurer plusieurs articles. Alors pourquoi les ventes ne se sont-elles pas envolées? «Les vendeurs étaient insuffisamment formés. Une erreur que nous avons corrigée depuis», concède David Maurer, diplômé de l'école d'ingénieur de l'Arc jurassien au Locle (NE). Au niveau des acheteurs potentiels en Suisse figurent quelque 8000 entreprises de peinture et 11000 architectes. Bref, il reste du travail sur la planche. Un défi qui ne fait pas peur à David Maurer.

A l'origine, le jeune patron, nominé de la fondation W.A de Vigier l'an passé, avait développé son produit pour les malvoyants. Une application qui était d'ailleurs son sujet de diplôme. Mais au fur à mesure, c'est la construction qui est devenue prééminente. La société vise désormais également le secteur automobile et particulièrement les carrossiers du pays. La compatibilité du produit avec la gamme de couleurs de la marque Mercedes a d'ailleurs déjà donné des résultats positifs. Là aussi, la concurrence fait rage. Mais une fois de plus, c'est l'argument prix qui pourrait faire la différence.

Pour accompagner sa croissance, David Maurer va-t-il engager du personnel? A l'heure actuelle, cela n'est pas prévu. «Indirectement, entre les sous-traitants et les vendeurs, ce sont environ 60 personnes qui travaillent déjà pour Colorix». Une vraie PME en somme.

La tête bien ancrée sur les épaules, David Maurer ne va toutefois pas brûler les étapes. «Il faut avancer pas à pas.» Pour débuter ses activités, il avait dû emprunter quelque 70000 francs auprès de la Fondation Finergence (Fondation pour le financement initial des entreprises, un instrument de la Promotion économique neuchâteloise). Un montant qu'il devrait être en mesure de rembourser dès cette année. De salaire, il commence à peine à s'en verser un. Pas grand-chose, puisque l'essentiel est réinvesti dans la société. Et l'avenir, David Maurer le voit plutôt chamarré bien sûr, malgré sa prédilection personnelle pour le bleu. Le kaléidoscope des couleurs devrait donc continuer à hanter ses nuits.