Par deux fois, un sentiment d'inquiétude avait gagné les salariés du genevois Unilabs. En 2005 d'abord, quand le Conseil fédéral avait annoncé son intention de réduire de 10% le prix des analyses médicales, une mesure entrée en vigueur le 1er janvier 2006. En octobre 2007, ensuite, lors du rachat du groupe familial, fondé en 1987, par le groupe médical suédois Capio, qui aurait pu apporter son lot de licenciements ou de délocalisations.

Un an plus tard, les doutes sur la pérennité du groupe et des 900 emplois qu'il assure semblent levés. En gage de sa confiance en l'avenir, Unilabs a posé 30 millions de francs sur la table pour ériger un laboratoire d'analyse ultramoderne à Coppet (VD). Ce «vaisseau amiral», comme l'appelle le directeur, Paul Hökfelt, héberge depuis fin mars l'ensemble des activités jusqu'ici logées à Sécheron, ce qui représente 148 emplois, sans compter les 51 coursiers qui en assurent l'approvisionnement.

«Nous sommes soumis au double défi de la baisse de la tarification et de l'augmentation des exigences, résume Paul Hökfelt. C'est ainsi, les prix baissent dans notre domaine, et cela va continuer.» Le secteur des analyses médicales n'a beau représenter que 3% des coûts de la santé, les pressions pour plus d'économies se font aussi fortes qu'ailleurs.

Un constat qui n'empêche pas Paul Hökfelt de se montrer confiant. Le mouvement de concentration en cours sur le marché suisse, estimé à 1,5 milliard, montre que les meilleures places sont à prendre. Dans la foulée du rachat par Capio, l'autrichien Futurelab a mis la main sur le laboratoire zurichois LogoLab, numéro deux derrière Unilabs. Juste après ce duo, le cœur du bâlois Viollier reste à prendre alors que le quatrième larron, le zurichois Medica, est déjà tombé dans l'escarcelle de l'australien Sonic Healthcare.

La course à la taille et aux économies d'échelle laisse donc de quoi faire face à une inévitable baisse des marges, et le laboratoire flambant neuf de Coppet est là pour le démontrer. Ces installations permettent de réaliser 15000 tests chaque jour grâce à un système logistique complexe et à des systèmes d'analyses largement automatisés. Les 115 laborantins et scientifiques qui s'y affairent peuvent effectuer 1500 tests différents, soit «l'ensemble de ce qu'un médecin peut imaginer», résume Raymond Auckenthaler, directeur médical d'Unilabs.

Le nouveau centre ne remplace pas les six autres laboratoires hospitaliers qui se concentrent sur des analyses en moins d'une heure. A Coppet, les tests sont systématiquement effectués dans la journée de réception des échantillons.

Sur 3000 mètres carrés, Unilabs a vu suffisamment large pour assurer une expansion future. La très forte fragmentation du marché européen, qui compte encore 20000 petits laboratoires, laisse présager à l'échelle du continent la poursuite du mouvement de concentration qui s'est déjà amorcé en Suisse, à l'image de ce qui s'est passé aux Etats-Unis depuis vingt ans avec la naissance de quelques groupes géants. Même si des barrières légales empêchent encore la libre circulation des éprouvettes entre des médecins étrangers et des laboratoires suisses, la stratégie à moyen terme d'Unilabs se base sur une plus grande ouverture à l'international. Avec ses 4000 laboratoires, la France est un marché particulièrement prometteur. «Une révision législative interviendra dans les cinq ans qui viennent», pronostique Paul Hökfelt, qui vise une acquisition prochaine sur les terres du grand voisin.

A terme, toujours, une autre évolution réglementaire pourrait jouer en faveur du groupe genevois. En effet, si la pression sur les tarifs des analyses médicales venait à se confirmer, celles-ci deviendraient moins rentables pour les médecins qui réalisent encore 40% des tests eux-mêmes, avec d'importants revenus à la clé. En incitant les praticiens à y renoncer, une nouvelle baisse des prix pourrait donc profiter aux grands laboratoires, plus aptes à contrôler leurs coûts.