En face des grands vins mousseux Mauler, ETEL érige son nouveau bâtiment. Un investissement de 20 millions de francs qui prouve l'attachement du fabricant de moteurs à Môtiers, qui agrandit son siège pour la deuxième fois. Cette nouvelle unité du Val-de-Travers accueillera la production de systèmes mécaniques de précision à l'automne. Salles blanches, systèmes anti-vibration, contrôle de la température, bâtiment répondant aux normes Minergie, tout a été mis en place pour accompagner la miniaturisation des pièces, véritable enjeu de cette industrie.

Fondée en 1974 par le professeur Nicolas Wavre, la société neuchâteloise s'est développée autour des nouvelles technologies moteurs et électronique. Denis Piaget, aujourd'hui directeur, se remémore les débuts. «J'ai été élève de Nicolas Wavre à l'EPFL. Quand j'ai frappé à la porte de Môtiers en 1991, j'étais le 27e employé. C'était encore une start-up. A l'époque, nous faisions tout nous-mêmes, du design des moteurs à l'assemblage. Le début d'une aventure...» Pour un chiffre d'affaires de l'ordre de quatre millions de francs.

Ce n'est qu'à la fin des années nonante que la technologie du professeur Nicolas Wavre, basée sur les moteurs linéaires - qui assure une grande dynamique et une précision extrême - prend son envol avec des applications industrielles. «Nous étions prêts et avons alors pu surfer sur la vague», analyse Denis Piaget. Tout s'accélère. ETEL développe une famille d'électroniques de commande et les parties mécaniques qui permettent au «muscle» (le moteur ici) de se mouvoir.

«Nos moteurs sont par exemple indispensables dans la fabrication des puces électroniques», illustre le dirigeant. Aujourd'hui, près de deux tiers de la production est destiné à l'industrie du semi-conducteur et un quart revient à la machine-outil. Le reste est consacré à d'autres applications, comme le spatial. Un marché qui n'est plus prioritaire pour l'entreprise, même si elle participe actuellement à l'ATV (Automated Transfer Vehicle), un véhicule de transport inhabité conçu pour le service logistique de la Station spatiale internationale.

L'an dernier, ETEL a vu ses ventes progresser de 15% pour atteindre 95 millions de francs. Plus de 80% de la production est exportée. Le budget 2008 avoisine, lui, les 110 millions de francs. Une belle performance de croissance quand on se souvient que l'exercice 2005 avait subi un grand coup de couteau avec la perte du plus gros client. Si la société ne dévoile pas ses bénéfices, elle assure être tout à fait saine.

«Nous naviguons dans un marché très cyclique. Nous subissons régulièrement une baisse de l'activité. D'ailleurs, en mars et avril, nous avons senti une cassure quant aux entrées de commandes», annonce Denis Piaget sans s'affoler. Depuis le rachat de la société par le spécialiste allemand des systèmes de mesure Heidenhain en 1999, ETEL possède les moyens de se développer sur le long terme.

«Ce puissant actionnaire voit son avenir technologique avec nous, c'est pourquoi nous pouvons investir dans les innovations de demain», estime Denis Piaget. Toujours dans l'optique d'une plus grande miniaturisation. Si, dans les années soixante-dix, nous parlions de 10 microns en terme de précision, aujourd'hui, ce sont 42 nanomètres. «Avec nos clients, nous préparons une technologie qui peut nous amener à 32 nanomètres», se réjouit le directeur. Une petite différence? «Oui, mais un tel développement nécessite entre 3 et 5 ans de mise au point par projet, souligne Denis Piaget. Un investissement conséquent donc pour lequel la réaction du marché reste imprévisible. Voilà encore ce qui nous distingue de nos concurrents asiatiques, qui ne souhaitent pas investir à blanc.»

Fort de ses 400 employés, dont un tiers d'ingénieurs, ETEL veut garder une longueur d'avance. Et même si ses clients sont déjà bien implantés en Asie, le groupe ne produit encore rien là-bas. L'année dernière, il a néanmoins franchi un pas supplémentaire en s'emparant d'une société qui participe à la fabrication des écrans plats en Corée. «Dans un premier temps, nous allons introduire nos produits sur ce marché, détaille le directeur. Mais nous nous préparons à produire là-bas.» De la musique d'avenir plus ou moins lointaine.

Car l'internationalisation d'ETEL est bel et bien une réalité. Par exemple, pour pallier au problème de recrutement, elle possède déjà des sociétés d'ingénieurs aux Etats-Unis et en Hollande. Denis Piaget ne désarme pas. Il aimerait attirer davantage de talents à Môtiers. «Une entreprise technologique dans un cadre merveilleux, que demander de mieux?», conclut-il.