Une rentabilité insuffisante reste le principal talon d'Achille des remontées mécaniques en Suisse. «Quelque 33% des entreprises du secteur n'ont pas un cash-flow (au moins 25% du chiffre d'affaires) suffisant pour assurer leur survie à moyen terme», selon Christian Laesser, professeur à l'Université de Saint-Gall. En Suisse romande, cette valeur oscille entre près de 100% (stations du Jura) et 12% (Valais). Pire, environ 40% des sociétés ont des problèmes de liquidités.

A titre de comparaison, les 325 stations américaines regroupées dans la National Ski Areas Association sont toutes rentables et dégagent même pour les plus performantes des marges opérationnelles de l'ordre de 25%.

Pour être viable, une entreprise du secteur doit réaliser un chiffre d'affaires de 5 millions de francs au minimum, écrit la Banque Cantonale Vaudoise (BCV), dans sa dernière étude intitulée Le marché vaudois du tourisme. D'après l'établissement, sur les quatorze entreprises que compte le canton, seul Télé-Villars-Gryon remplit cette condition, avec un chiffre d'affaires en 2004-2005 de 11,5 millions de francs. Pour l'Université de Saint-Gall, le seuil minimal pour envisager de subsister se situe entre 1 et 1,2 million de francs de chiffre d'affaires annuel. Quel que soit ce minimum, 30% des 650 entreprises recensées en Suisse génèrent des ventes inférieures à 1 million. Dont une large proportion en Suisse romande.

Conséquence: financer les investissements s'avère compliqué, et même très onéreux pour nombre de stations. Certaines y renoncent même, accentuant leur retard sur la concurrence française et autrichienne. La Suisse ne prévoit par exemple qu'une enveloppe de 1,4 milliard jusqu'à 2009. Vaud et Fribourg ne pèsent que 4% de ces intentions, selon la BCV.

Alors, au-delà de l'aide aux investissements dans les régions de montagne (LIM), comment favoriser les investissements, non seulement pour se remettre à niveau mais aussi pour anticiper les suivants? Depuis quelques années, de nouveaux outils financiers se sont développés, offrant davantage d'innovation et de flexibilité, explique Christian Laesser. Comme le financement mezzanine. Mercredi, lors d'un séminaire organisé à Martigny, Patrick Jenni, de Credit Suisse, a rappelé qu'il fallait trouver un équilibre entre fonds propres et étrangers «pour assurer la pérennité de la société». La banque a par exemple réalisé une quinzaine de projets en Valais ces cinq dernières années grâce au leasing. Ce qui semble témoigner de l'intérêt de ce nouveau mode de financement. «En le combinant aux crédits bancaires traditionnels, nous pouvons assurer le financement de la totalité du projet. Le plan financier est ainsi cohérent et prévisible dans une longue durée», explique Patrick Jenni.

Les Remontées mécaniques de Zinal ont opté pour ce véhicule, pour un système d'enneigement de 3,5 millions de francs. La société Télé Champéry-Les Crosets Portes du Soleil a aussi choisi cette méthode pour deux télésièges (10 millions au total).

De fait, le leasing a de l'avenir. En Suisse, il ne représente encore que 15% des biens d'équipements, contre 25% à 35% à l'étranger. Et le temps presse: «La Suisse romande souffre d'un retard d'investissement aussi bien dans les installations de remontées que dans celui de l'enneigement. Ceci depuis plus de dix ans», constate Patrick Jenni.