Le site internet Easyswap.org, présenté mercredi à Lausanne, est une plate-forme d'échange de biens et de services sur Internet basée sur une monnaie virtuelle, le swap. Celle-ci rassemble une association à but non lucratif, les services sociaux de la Ville de Lausanne et la Banque Cantonale Vaudoise.

Etrange alliance à première vue. D'un côté, le projet s'inspire ouvertement du vieux rêve d'une économie non marchande, égalitaire, libérée du «mythe de l'inflation» et, sous-entendu, de l'influence forcément néfaste des banquiers (lire ci-dessous). De l'autre, ce même projet est soutenu par une banque cantonale, justement, alliée aux services sociaux de la Ville de Lausanne. La crise financière aurait-elle transformé les banquiers en babas cool, et les rêveurs d'hier en entrepreneurs high-tech?

Concept remis à jour

A entendre le ton posé de l'homme qui a réuni ces partenaires, Jonathan Rochat, ce ne serait bien sûr ni l'un ni l'autre. «Ce projet a été initié par le service social lausannois après la parution d'un livre, Lausanne en mouvement, en 2006, qui croisait le regard d'une douzaine de bénéficiaires de l'assistance publique. Nous avons décidé d'intégrer ces personnes, âgées de plus de 50 ans et éloignées du monde du travail depuis de nombreuses années, à une réflexion sur les besoins de notre société.» C'est ainsi que l'idée d'Easyswap est sortie du chapeau. Jonathan Rochat la résume: «Notre ambition est de remettre au goût du jour le concept des communautés d'échange de services nées au Québec dans les années 80. Celles-ci se basaient jusqu'ici sur des clubs locaux où les gens devaient se rencontrer physiquement pour participer aux échanges. Easyswap.org prolonge cette idée sur Internet en y ajoutant une monnaie virtuelle, ce qui est une première.»

La plateforme mise en ligne hier ressemble à n'importe quel site de petites annonces, à la différence que les biens et les services proposés sont libellés en swaps. Un nom qui n'a rien à voir - collision involontaire - avec les titres de créance de devises à taux fixe ou variable que s'échangent les traders de Wall Street et d'ailleurs. Le swap du réseau d'échange vaudois représente une valeur théorique d'un franc, mais ne peut être ni acheté ni vendu. Autrement dit, le seul moyen d'entrer dans cette économie parallèle est d'y participer en vendant un objet ou y offrant un service.

«Le but d'Easyswap est de permettre à ses utilisateurs de valoriser des biens inusités ou des compétences inexploitées, poursuit Jonathan Rochat. Dans la conception traditionnelle du commerce, il faut posséder un bien pour en jouir, même si ces objets dorment ensuite dans des tiroirs. Leurs propriétaires n'ont peut-être pas envie de s'en défaire, tandis que des personnes qui pourraient en avoir un besoin ponctuel n'ont pas les moyens de les acquérir. Le swap permet une conception plus moderne de l'acte de consommer, qui est de jouir d'un bien sans forcément le consommer.»

Le site s'enorgueillit de la même philosophie pour les services, des cours de danse au gardiennage d'animaux de compagnie: «Les gens ont la possibilité de faire valoir des compétences inexploitées dans le monde du travail», explique Jonathan Rochat.

Cours de violon: 30 swaps

Les prix en swaps sont fixés librement par les utilisateurs, mais des exemples de tarifs sont proposés: soit 10 swaps pour la garde d'un animal de compagnie, 20 pour un cours de langue débutant et 30 pour des cours plus avancés.

La BCV soutient le projet en lui offrant une présence sur le jeu en ligne Second Life, qui utilise lui aussi une monnaie virtuelle, le Linden dollar.

Pour permettre le démarrage du site, la Ville de Lausanne offrira 40 swaps aux 2000 premiers Lausannois qui s'y inscriront. Ce montant en swaps correspond à la subvention de 80000 francs accordée à l'association dirigée par Jonathan Rochat. Cette somme a permis de réaliser le site, traduit en cinq langues, et de créer une demi-douzaine de postes de travail à temps partiel.

Le site ne s'adresse pas pour autant aux seuls Lausannois. Les inscriptions sont vérifiées par l'envoi d'un code d'activation à l'adresse postale indiquée par l'internaute, mais peuvent se faire dans toute la Suisse. «Des discussions sont en cours avec d'autres communes, dont Morges, ou avec des entreprises qui pourraient être intéressées à soutenir notre démarche en offrant des swaps à leurs habitants ou à leurs salariés», indique Jonathan Rochat.

Easyswap s'est parée de plusieurs avis de droit, notamment en matière de responsabilité civile et fiscale. «Il était notamment indispensable d'établir que les swaps payés contre des services ne peuvent en aucun cas être considérés comme un salaire», précise le responsable.

Le site, lui, compte bien se financer à terme par des revenus en espèces sonnantes et trébuchantes. Des espaces publicitaires sont mis à la disposition des annonceurs. L'argumentaire est tout trouvé: si le site ne propose par exemple pas de consommables, il permet de louer ou d'acheter des appareils qui en exigent. Les utilisateurs d'Easyswap «deviennent donc de nouveaux demandeurs de consommables», dixit le site le dans la section «Devenez annonceurs».