Un film à l'origine de la création d'entreprises? «Un mariage trop parfait» avec Jennifer Lopez a en effet donné l'idée à quelques-uns d'introduire la profession de «wedding planner» (organisateur de mariages) en Suisse romande. En quatre ans, pas moins de huit sociétés, disposant d'un site internet élaboré, ont vu le jour entre Genève et Lausanne: Art du Mariage, un Beau Jour, Carnet de bal, Mariages sans soucis, Life Time Stories, Ouijeleveux, Planif, the W.Day. Sans compter la pléthore d'indépendants qui proposent leurs services via un numéro de portable.

Marché trop exigu?

Or, si outre-Atlantique, cette activité est bien ancrée depuis de nombreuses années, c'est loin d'être le cas ici, en dépit des 39 500 mariages conclus en 2004 en Suisse. «Le marché n'est pas encore mature, constate Philippe Marozeau, le premier à s'être lancé en 2003 avec sa femme Noëlle en créant Mariages sans soucis. Il est très difficile d'en vivre. Franchement, sans une fortune personnelle et le soutien de Genilem, nous aurions mis la clé sous la porte au bout de deux ans.» Aujourd'hui, Mariages sans soucis pense avoir atteint sa vitesse de croisière. Or, l'ex-banquier souhaite devenir le «plus fort en Europe». Il a déjà commencé à s'étendre en France, à Lyon et sur la Côte d'Azur et lorgne du côté de la Suisse alémanique.

Stéphanie Feller, diplômée d'HEC, a quitté L'Oréal en avril 2004 pour fonder Carnet de bal, qui affiche à ce jour trente mariages. «Je ne savais même pas que cela existait aux Etats-Unis. Or, j'ai organisé les mariages de trois amis, qui se sont révélés de vrais succès. Cela m'a encouragée.» La jeune femme accepte une quinzaine de demandes par an alors que son site reçoit la visite de 70 personnes en moyenne chaque jour. Ses honoraires s'élèvent à 15% du budget des mariés. Un montant minimum de 4500 francs est demandé, couvrant les 80 heures consacrées en moyenne à chaque événement. «En réalité, je ne compte pas mes heures.» Selon elle, être disponible et avoir envie de donner sont les clés de la réussite dans ce métier.

Benoît Martin, responsable des mariages chez Art du Mariage confirme ne pas compter son temps. Pourtant, la société, née en 2004, ne dégage pas encore de bénéfice. «Nous avons choisi de réinvestir tous nos gains dans la publicité.» Ainsi, en 2006, Art du Mariage a dépensé 20000 francs pour participer à plusieurs salons du mariage, figurer dans les magazines comme Se marier et contracter un partenariat avec la Fnac. Pour ce diplômé de l'Ecole hôtelière de Lausanne, «c'est le seul moyen de se faire connaître en dehors du bouche-à-oreille».

La plupart des organisateurs comptent essentiellement sur leur réputation. Or, la demande étant insuffisante par rapport à l'offre, chacun essaie de se distinguer tout en gardant à l'esprit que de vraies qualités relationnelles sont indispensables. Confirmation avec Yves Perrenoud, un Lausannois qui s'est marié en septembre 2006 avec Carnet de bal: «Le wedding planner doit être à l'écoute des gens et être doté d'un très bon réseau.» Stéphanie Feller s'appuie effectivement sur un carnet d'adresses de plus de mille contacts. De quoi obtenir de bons prix mais surtout le «petit plus qui va faire la différence» et exprimer au mieux ce que souhaitent les futurs mariés. «Je sens ce qui leur correspond. J'apporte une palette de prestataires dont certains artisans talentueux.»

Yves Perrenoud reconnaît un rapport coût/qualité indéniable. «Notre budget s'élevait à 35000 francs. Seuls, cela ne nous aurait pas coûté plus cher, mais le résultat aurait été incontestablement moins bien.» En général, 60% du budget est alloué au repas. Les 40% restants servent à financer les invitations, la décoration, les cadeaux aux invités. Ne sont pas compris dans le budget: la tenue des époux, la mise en beauté de la mariée et les alliances.

Réservé aux privilégiés

S'offrir les services d'un wedding planer n'est pas à la portée de toutes les bourses. En dessous d'un budget global de 25 à 30000 francs pour 100 invités, «il est difficile de faire quelque chose d'intéressant», explique la créatrice de Carnet de bal. Même son de cloche de la part d'Anne Bally, conseillère en image et organisatrice d'événements sous le nom de Ouijeleveux depuis 2006. «J'ai été appelée pour trois grands mariages l'an dernier. J'en prévois deux d'ici à cet été». Son public cible: les mariages chics à Gstaad, Montreux etc. «Je ne suis pas contre les mariages champêtres à plus petits budgets pour autant que je puisse réaliser de jolies choses.» Cette ancienne chargée de relations publiques pour le Vatican est convaincue qu'il y a un marché pour ce type d'activité. «Ces dernières années, en Italie, cette profession s'est développée à une vitesse incroyable. Le mariage est certes plus important pour les Italiens mais ici, il y a beaucoup de gens qui ont les moyens de s'offrir le luxe de ne rien faire.»

En Suisse, les Marozeau visent une clientèle «qui leur ressemble». A savoir, essentiellement des gens du milieu bancaire, suisses ou étrangers, souvent des Anglo-Saxons.

Benoît Martin se démarque des autres en proposant ses services pour 10 000 francs, soit un budget inférieur au montant moyen consacré aux mariages en Suisse, estimé entre 20 et 25 000 francs. «Evidemment, cela dépend du nombre de personnes et de ce qu'ils veulent, mais c'est tout à fait possible!»

Pour un mariage pris en charge par Mariages sans soucis, multipliez ce budget par dix! Toutefois, Philippe Marozeau a compris qu'il y avait un véritable marché pour les «petits budgets». «Nous faisons de la haute couture mais nous offrons aussi désormais du prêt à porter!». Une formule «à prix doux» est proposée sur le site.

Le danger dans ce métier? Ceux qui demandent des conseils puis disparaissent au moment de conclure le contrat. Prudent, Philippe Marozeau fait payer son devis 400 francs. Benoît Martin facture 90 francs en dehors des régions qu'il couvre à savoir Genève et Vaud. Stéphanie Feller ne demande rien. Pourquoi? «C'est une question de confiance.»

Si le modèle économique est bien en train de prendre forme, il est encore loin d'être stable. Idem du côté des professionnels qui affichent une approche et des motivations très différentes.