10h33, connexion d'un fournisseur polonais. 10h34, appel d'offres d'un grand groupe français de l'aéronautique. 10h34 encore, un acheteur suédois s'intéresse à des produits malaisiens. Et ainsi de suite. Le site internet Sourcingparts.com, cofondé par Paul de La Rochefoucauld et basé à Chavannes-de-Bogis (VD), s'agite. A chaque minute ou presque, des transactions sont ébauchées.

En 2000, Paul de La Rochefoucauld, un enfant de la dot.com comme il se décrit lui-même, s'intéresse à l'univers industriel sur Internet. «Que pouvait-on faire pour eux?» C'est ainsi que la plate-forme Sourcingparts.com naît. «Prenez les téléphones portables ou les avions. 80% des pièces que les sociétés vendent sont préalablement achetées puis assemblées.» Le site veut faciliter ces transactions par deux leviers. Tout d'abord, il permet de rencontrer des fournisseurs jusque-là inconnus avec un grand carnet d'adresses. Deuxièmement, il optimise les processus en supprimant les intermédiaires. «Indirectement, il encourage également le passage du savoir-faire des ateliers aux achats, glisse l'entrepreneur. Parce que toute société se pose la question du «make or buy» (faire ou acheter) à un moment donné.»

Le principe de cette place de marché de la sous-traitance est simple. En arrivant sur le site, décliné en dix langues, vous êtes soit acheteur, soit vendeur et dirigé en conséquence. Environ 70 grands groupes (ABB Sécheron, Schneider, Dassault Aviation, Thales, Cartier, etc.) utilisent ce canal pour faire leurs emplettes. Près de 70000 fournisseurs sont inscrits pour répondre aux demandes, qui vont de boulons à des pièces plus complexes. Sur le seul mois d'octobre, ce sont 220 millions d'euros qui ont transité par la plate-forme. «Nous avons dès le départ refusé le modèle d'affaires du pourcentage sur les affaires (ndlr: comme le fait eBay par exemple pour les particuliers). Nous avons privilégié des abonnements annuels.» Dont le prix varie en fonction du nombre d'acheteurs et des marchés visés

Le succès est au rendez-vous. Chaque année, le nombre d'appels d'offres grimpe de près de 70%. Alors que le site a réalisé un chiffre d'affaires de 15 millions de dollars en 2006, il devrait atteindre 23 millions cette année et quelque 37 millions en 2008. Cette croissance est également liée à la fusion avec le pendant américain MFG. com, initiée à l'été 2006.

Dans les bureaux vaudois, une équipe développe actuellement la nouvelle plate-forme, qui devrait être opérationnelle en début d'année. Les tests sont actuellement en cours. La marque Sourcingparts disparaîtra alors au profit de MFG. com. «Comme nous étions particulièrement forts sur l'Europe, il y a une complémentarité géographique évidente, détaille le dirigeant. De même, du point de vue technique, nous étions plus forts côté acheteurs et les Américains s'étaient davantage souciés des fournisseurs.»

Ainsi, le meilleur des deux portails sera réuni pour conquérir la planète avec les toutes dernières technologies en la matière. Après s'être fortement développé en Chine l'an dernier, MFG.com veut clairement s'implanter en Inde l'année prochaine.

A Chavannes-de-Bogis, les effectifs suivent la croissance. Alors que la société comptait 30 collaborateurs en début d'année, elle en dénombre désormais 42. «Nous recrutons dix personnes supplémentaires pour renforcer notre équipe dédiée aux fournisseurs d'ici à la fin mars», ajoute le patron.

Pour l'heure, à 42 ans, Paul de La Rochefoucauld poursuit la gestion de cette gigantesque machine virtuelle en restant à la tête de l'Europe. «J'y ai mis tout l'argent que j'avais et c'est sûr qu'un jour, j'aimerais bien le récupérer.» Voire engranger une plus-value puisque la société est saine. Le Français se dirigera alors vers de nouvelles aventures entrepreneuriales.