Ça en a l'allure, le ton et l'odeur, un mélange de moquette et de papier. «Venez, on va s'installer dans le bureau de l'un des associés, il a fait un peu d'ordre.» Du mobilier sombre, bariolé d'une mosaïque de fourres en plastique, et des objets-souvenirs couleur bronze. On y parle, avec l'accent légèrement jargonnant du barreau, de droit des contrats et de résolutions de litiges. Ça en a tout l'air, vraiment. Mais ceci n'est pas une étude d'avocats.

PMG est un cabinet d'ingénieurs-conseils qui fête 25 ans de résolution de conflits. Spécialisés dans le droit de la construction, ses associés interviennent en tant qu'experts dans la prévention et la résolution de litiges pour des grands chantiers internationaux.

Démêler les responsabilités

Dans des circonstances fort diverses, racontent-ils, Pierre Michel Genton, François Vermeille et Michel Nardin sont appelés à déployer leur savoir à la fois technique et juridique, mais surtout leur précieuse capacité d'écoute, de vulgarisation et de communication: ils peuvent être nommés experts par un tribunal arbitral; ou consultés par une partie en litige pour la préparation d'un dossier; ou être choisis comme médiateurs lorsque les parties souhaitent éviter la procédure arbitrale; ou encore siéger au «dispute board» d'un chantier. «Il n'y a pas de mot en français», assure Pierre Michel Genton.

Il s'agit d'un comité d'experts qui accompagne un projet tout au long de sa réalisation et qui résout les litiges au fur et à mesure qu'ils apparaissent. Dans les projets financés par la Banque mondiale, par exemple, les contrats types stipulent l'existence d'un «dispute board».

C'est que les grands chantiers font intervenir une foultitude de prestataires, cocontractants et autres sous-traitants, généralement de nationalités et de langues différentes, en un enchevêtrement de responsabilités qu'il est souvent difficile de démêler. Et puisque le propre du chantier est d'avoir du retard, les difficultés surgissent généralement au moment d'identifier le fautif pour lui réclamer plus d'argent.

Au cours de ce quart de siècle, les associés de PMG ont expertisé des conflits partout dans le monde. Ils se rappellent de barrages chinois, de plateformes pétrolières africaines, de centrales thermiques asiatiques, de métros européens, du tunnel sous la Manche...

Une journée au Beau-Rivage

Installé à Saint-Sulpice, le bureau s'inscrit dans une aura fossile, raconte François Vermeille, celle de Lausanne en tant que haut lieu de l'arbitrage international. Il fut un temps, en effet, où les juges du Tribunal fédéral avaient encore le loisir d'être arbitres. Depuis, c'est Genève qui a pris le relais. La Suisse reste réputée pour la qualité de ses arbitres. Et souvent, pour éviter de choisir l'un ou l'autre de leurs droits nationaux, les parties décident de résoudre leurs conflits à la lumière du droit suisse.

Dans ce monde parajudiciaire de l'arbitrage et de la médiation, rares sont ceux, en Suisse du moins, à ne pas être juristes. «A ma connaissance, nous sommes ici le seul cabinet du genre», affirme Pierre Michel Genton. Dans les pays de droit commun, c'est-à-dire à base jurisprudentielle, comme aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, ce type de bureaux d'expertise technique spécialisés dans les interventions juridiques ou analogues, sont beaucoup plus ordinaires.

Pour célébrer 25 ans de cette existence un peu exceptionnelle, PMG invite ce vendredi, au Beau-Rivage Palace de Lausanne une centaine de personnalités de leur monde, entre arbitres internationaux et grands industriels européens, à une journée de réflexion autour de la prévention et la résolution de conflits.