Les principaux hôpitaux, cliniques et EMS vaudois lui font confiance pour leur linge sale. Fondée en 1983 dans le but de faire la lessive des établissements reconnus d'intérêt public, Les Blanchisseries Générales (LBG) lave plus blanc que blanc depuis exactement vingt ans, puisque l'exploitation a réellement débuté en 1986 sur le site d'Yverdon-les-Bains. Aujourd'hui, la société, dont le canton de Vaud détient 39% des parts, veut préparer l'avenir, malgré un contexte concurrentiel très vif et des surcapacités qui affectent l'ensemble de la Suisse romande.

«Il est indéniable que l'offre dépasse largement la demande», a concédé mercredi lors d'une conférence de presse Jean-Charles Paccolat, directeur général des LBG, qui ont réalisé l'an passé un chiffre d'affaires en légère progression à 17 millions de francs. Ce phénomène n'est d'ailleurs pas nouveau et il avait contraint les LBG à se diversifier en 2000.

Prestigieux contrats

Parallèlement à son pôle sanitaire, une unité de lavage, spécialisée dans l'hôtellerie et basée à Montreux, avait vu le jour. Depuis, elle a notamment décroché les contrats des prestigieux Hôtel Beau-Rivage à Lausanne et des Trois-Couronnes à Vevey.

Mais c'est toujours son activité sanitaire qui se taille la part du lion, avec quelque 85% des ventes. Cette suprématie se retrouve aussi dans le nombre d'employés. Yverdon accueille en effet 90 collaborateurs et environ la moitié pour Montreux, qui compte aussi l'administration de la société. Selon Jacques Perrin, président du conseil d'administration, les LBG détiennent d'ailleurs environ 65% du marché vaudois des hôpitaux et autres EMS.

«La société est bénéficiaire», lance pour sa part Jean-Charles Paccolat, sans toutefois détailler l'ampleur des profits. «De plus, nous générons un cash-flow suffisant pour continuer à nous développer et à amortir nos emprunts.» Sur les 33 millions de francs investis dans la société, les LBG ont ainsi réussi à en rembourser 14. A l'époque, l'Etat avait d'ailleurs octroyé une garantie d'emprunt bancaire à hauteur de 23,8 millions.

Mais ce sont justement ces liens étroits avec le canton de Vaud qui ont fait surgir une polémique dont les LBG se seraient volontiers passées. «L'Etat de Vaud lave-t-il son linge sale en famille?» C'est en tout cas la question que le député Nicolas Daïna avait soulevée au Conseil d'Etat. Lequel empoignera la question mercredi prochain. Selon l'élu libéral, ouvrir le marché permettrait de faire de nombreuses économies. Un argument évidemment battu en brèche par les dirigeants des LBG. «Nous avons des tarifs tout à fait compétitifs», rétorque Jacques Perrin, également député radical.

Ce n'est pas seulement sur le front politique que se joue cette affaire. L'an passé, le Tribunal administratif avait en effet obligé l'Hôpital Riviera à mettre en soumission publique la lessive de son linge. Ce qui n'avait pas empêché les LBG de remporter la mise. «Nous sommes ouverts aux soumissions. Ce d'autant plus que, lorsque cela est le cas, nous les gagnons», renchérit Jacques Perrin. Un recours est toutefois toujours pendant.

L'argent du contribuable

«Les LBG nous font concurrence en utilisant l'argent du contribuable. Ce qui provoque une distorsion très claire du marché», s'emporte de son côté Théodore Inversini, patron du concurrent Lavotel, qui vient de regrouper sa société avec les Epinettes et Valdau (30 millions de chiffre d'affaires pour 260 personnes). Il se demande par ailleurs s'il appartient vraiment à l'Etat de subventionner le linge des hôtels de luxe.

L'affaire pourrait encore connaître un scénario différent. Car les LBG prévoient une augmentation du capital-actions, dont aucun détail n'a pour l'heure filtré. Et le gouvernement cantonal a clairement fait savoir qu'il n'y souscrirait pas. Du coup, l'Etat perdrait sa majorité de blocage. A moins qu'il ne décide de tout céder. Reste que tous les conflits d'intérêts n'en seraient pas pour autant gommés, notamment au niveau de l'indépendance du conseil d'administration. Un organe dans lequel siègent ses propres clients. «Où se situent les intérêts de l'Etat? Du côté des clients ou des actionnaires?», lance Nicolas Daïna.