Environ un train sur deux qui circule à travers le monde utilise les transformateurs de traction développés par ABB Sécheron. La société genevoise, filiale d'ABB Suisse, produit 500 transformateurs par année, ces engins qui se placent sous, dans ou sur la locomotive et qui permettent de transformer la tension électrique. Ses usines allemande et indienne en fabriquent 250 de plus.

Mais cela ne suffit plus. «Sur le premier trimestre 2006, nous avons enregistré des entrées de commandes record pour 50 millions de francs», annonce Jean-Luc Favre, directeur général. En bonne partie dans le secteur du transformateur de traction, qui représente 50% de l'activité totale. Un gros contrat a notamment été décroché pour fournir les trains à grande vitesse espagnols.

Afin de répondre aux nouvelles demandes, l'entreprise genevoise vient de mettre en place un joint-venture en Chine, avec une société du Ministère du rail. «Ce pays planifie d'électrifier 20000 kilomètres de ligne pour le transport des voyageurs et le fret», détaille Jean-Luc Favre. Prochaine étape: percer le marché en Russie.

Ces nouveaux pas à l'étranger signifient-ils une délocalisation complète à terme? Le directeur ne l'entend pas de cette oreille: «Pas question! Nous aurions pu faire l'impasse sur une production genevoise quand nous étions en difficulté, mais c'est également de notre responsabilité sociale de donner du travail à tout le monde et pas seulement aux ingénieurs. Et puis, il faut que l'innovation reste connectée aux réalités de la fabrication.»

Affronter les hivers sibériens ou les canicules

Le fourmillement dans les ateliers de Meyrin témoigne de cette valeur ajoutée réalisée sur place. Parmi les 260 collaborateurs, certains apprêtent les bobines de cuivre, d'autres assemblent les éléments ou vérifient les transformateurs de traction, qui doivent être capables d'affronter les hivers sibériens ou les canicules. C'est aussi dans cet espace impressionnant que les technologies de demain, qui impliqueront notamment plus d'électronique, sont élaborées.

En effet, Genève veut jouer un rôle central dans le rail au niveau du groupe ABB. «Nous avons lancé l'initiative de coordonner toutes les activités ferroviaires au sein du groupe ABB avec un succès certain, puisque les entrées de commandes au niveau mondial ont doublé en trois ans, explique Jean-Luc Favre. ABB voit cela d'un bon œil, si bien que le concept par marché peut s'appliquer à d'autres secteurs.»

Pas de doute, les perspectives sont bonnes pour l'entreprise, récompensée par le Prix de l'industrie du canton l'an dernier. Un prix mérité si l'on se souvient de la descente aux enfers vécue quelques années plus tôt. «Entre 1995 et 2001, nous avons restructuré six fois en sept ans», se souvient Jean-Luc Favre. Des licenciements inévitables suite à l'effondrement du marché des gros transformateurs destinés aux sociétés électriques.

La réorientation de l'entreprise, la réalisation de partenariats stratégiques avec des clients comme Bombardier et Alstom - jugée indispensable pour réduire les coûts sur le long terme - sont deux facteurs déterminants qui ont permis ce redressement. Le retour en grâce du ferroviaire n'y est pas non plus étranger. Parmi ces petites satisfactions qui animent un directeur général, il y a celle-là: «Alors que Siemens fabrique ses propres transformateurs de tractions et constitue donc un concurrent direct, la maison mère choisit parfois nos solutions pour son matériel roulant, parce qu'elles sont plus compétitives...»

L'an dernier, ABB Sécheron a réalisé un chiffre d'affaires de 117 millions de francs et table sur une croissance de plus de 10% des entrées de commandes pour l'exercice en cours. Cette croissance importante, qui constitue également un défi de tous les jours pour maîtriser par exemple les relations avec les fournisseurs, s'est concrétisée dans l'emploi. Depuis 2001, 60 nouveaux postes ont été créés, dont 10 depuis le début de l'année. Jean-Luc Favre est conscient que des concurrents peuvent apparaître dans les pays à bas coûts et veut donc proposer de nouveaux produits dès 2007 pour garder une longueur d'avance du point de vue technologique. L'industrie genevoise n'est pas morte.