Conséquence de l'excellente santé de l'horlogerie suisse, les opérations de fusion, acquisition et autres rapprochements fleurissent. Le numéro deux mondial du luxe, Richemont, vient d'entrer à hauteur de 20% dans le capital-actions de l'horloger Greubel Forsey, sis à La Chaux-de-Fonds.

«Cette prise de participation est la résultante logique de longues années de collaboration avec Richemont. Pour nous, c'est une forme de reconnaissance pour le travail accompli. Mais la transaction nous permet aussi de pérenniser la marque», explique l'Alsacien Robert Greubel, cofondateur de l'entreprise avec le Britannique Stephen Forsey, confirmant une information parue dans le magazine spécialisé Business Montres & Joailleries. Le montant de la transaction n'a pas été divulgué.

Actif dans le très haut de gamme, Greubel Forsey s'octroie aussi un ballon d'oxygène bienvenu et les moyens de se développer, notamment sur les marchés internationaux. La marque pourra en outre bénéficier d'entrées facilitées chez certains détaillants du groupe genevois. Cette transaction accélérera aussi la construction d'un nouveau site de production pour les deux compères. Cette structure devrait accueillir les six ateliers dispersés actuellement dans la cité horlogère. «Nous sommes déjà en discussion avec les autorités pour l'achat d'un terrain.»

Mais cette prise de participation ne permet-elle pas au loup - un grand groupe horloger - d'entrer dans la bergerie, une société indépendante? Robert Greubel le conteste vigoureusement: «Ce seuil limite nous permet de conserver notre autonomie. Nous gardons une totale liberté.» Greubel Forsey pourra d'ailleurs continuer de fournir ses clients, parfois concurrents de Richemont. Il n'est pas prévu, dans l'immédiat du moins, que le numéro deux mondial du luxe augmente sa part. L'opération ne concerne par contre pas Complitime, société sœur qui s'occupe de différents projets industriels et de l'étude de prototypes.

Greubel Forsey emploie une trentaine de collaborateurs, et une dizaine chez Complitime. La société produit entre 20 et 30 montres très compliquées par année, dont le prix moyen se situe à 400000 francs. La PME a réussi à se faire une place sur le marché pourtant déjà très encombré du haut de gamme, grâce notamment à un double tourbillon incliné et à un quadruple tourbillon à différentiel.

Cet investissement de Richemont suit de peu le rachat de la manufacture Minerva à Villeret (BE), ainsi qu'une prise de participation dans le groupe de HongKong EganaGoldpfeil.