Idéal du Gazeau, Ourasi, Jag de Bellouet, ces noms font rêver. Sur les hippodromes de Longchamp et de Vincennes, ces trotteurs ont fait et défait les fortunes des turfistes.

Cette passion des courses ne se limite pas à la seule France où l'on dénombre 6,5 millions de parieurs, les Helvètes jouent aussi. Depuis bientôt quinze ans, ils peuvent réaliser leurs paris en Suisse romande. Et ils sont 180000 à le faire quotidiennement. Ils misent à leur guise sur le tiercé, le quarté ou le quinté pour plus 100 millions de francs d'enjeu chaque année.

Et si l'exercice 2005 s'est avéré décevant pour le PMU romand, qui affiche une baisse de 4,9% de la prise de paris, ce fléchissement ne devrait être que passager. «2004 avait été une année particulièrement faste», rappelle Gérard Sabatini, chef du produit PMU à la Loterie romande qui gère les paris hippiques. Cette année-là, près de 3,5 millions avaient été redistribués à la section romande de la Fédération suisse des courses de chevaux.

Pour expliquer les recettes en demi-teinte de 2005, Gérard Sabatini évoque l'envol des jeux de tirage et la bonne santé des casinos. L'Euro Millions, lancé en novembre 2004, cartonne. Et les nouvelles salles de jeu ouvertes à Montreux, Crans-Montana ou Meyrin séduisent. D'autant qu'elles se trouvent justement dans les cantons de Vaud, du Valais et de Genève où les paris hippiques connaissent le plus grand succès.

Cette concurrence renforcée pousse le PMU romand à la réflexion. Les kiosques et les 84 cafés proposant des courses en direct semblent incontournables aux yeux de ses promoteurs. «La convivialité reste un des moteurs de l'acte de parier sur les chevaux de course. Pour cette raison, nous aurons toujours besoin de lieux de rencontre comme les cafés, les hippodromes ou encore les soirées consacrées aux courses», estime Gérard Sabatini. Les habitudes tendent cependant à changer. «Avec la vie que l'on mène, il est plus en plus difficile de trouver le temps pour aller faire ses paris», observe le journaliste Alain Meury, auteur de la chronique PMU à la Radio suisse romande (RSR). Parieur quotidien, il devrait se mettre tôt ou tard à Internet, prédit-il.

Cette arrivée des nouvelles technologies s'est déjà concrétisée en France. Les paris via le Web y ont explosé en 2005. Les ventes sur la Toile ont affiché une hausse de 75%, représentant 250 millions d'euros pour un chiffre d'affaires total supérieur à 8 milliards. Même marginale, cette somme marque une relève de la clientèle traditionnelle, estime-t-on chez nos voisins. Ce développement pourrait suivre en Suisse romande. «Son aboutissement dépendra notamment de sa rentabilité. Nous constatons qu'il y a une demande effective dans ce domaine et nous suivons cette évolution attentivement», répond Gérard Sabatini.

Ce dernier confirme d'ores et déjà le changement de profil de la clientèle. «Elle est plus jeune et plus féminine», précise-t-il. Les Français chiffrent cette tendance: les femmes représentent 40% des parieurs et deux tiers des joueurs ont moins de 50 ans. Le Pariez Spot, où l'ordinateur effectue les paris à la place du joueur, a convaincu nombre de novices. «Cette formule est très prisée des joueurs suisses», confirme le représentant du PMU romand. L'offre actuelle devait être complétée ce printemps, promet-il.

«Les spécialistes du marketing disent que des gens qui ne connaissent rien aux chevaux ont croché. Difficile de vérifier et de juger, constate Alain Meury. Reste de toute façon à savoir s'ils se transformeront sur la durée en joueurs avertis.» Avec Internet, le téléphone portable pourrait les en convaincre. Les prises de paris sur téléphone mobile seront mises en place «assez vite» en France voisine. «Projet également à l'étude», confirme-t-on à Lausanne. Cette solution pourrait séduire certains joueurs genevois qui continuent, comme Alain Meury, de réaliser leurs paris sur France pour échapper au droit des pauvres perçu par le canton (13% sur la mise). «Quand vous êtes un petit grand joueur comme moi, que vous misez 100 à 200 euros par jour, cette taxe arbitraire et ridicule pèse», fustige-t-il.