Le projet a démarré il y a trois ans. Il s'est accéléré cette année et mercredi, les résultats ont pu être dévoilés. Le produit intérieur brut (PIB) romand est connu: il s'est élevé à 113,1 milliards de francs en 2007, contre 85,4 milliards dix ans plut tôt. Pour la première fois, les six banques cantonales romandes ont uni leurs forces pour présenter cet indicateur unique. Et leurs représentants, qui ont assisté à la présentation des résultats à Genève, affichaient tous un large sourire. «Nous avons voulu développer une méthode homogène entre les cantons et transparente, a expliqué Nicolas de Saussure, responsable de la communication à la Banque Cantonale de Genève, pour fournir un outil qui permet d'appréhender les défis de l'avenir.» Mais que se cache-t-il exactement derrière ces 113 milliards? Décryptage.

■ La montée du tertiaire

Les services (administration, santé, social, secteur financier, le commerce, l'immobilier et les services aux entreprises) représentent 73% de l'activité romande. «Nous sommes en voie de tertiarisation avancée, estime Paul Coudret, conseiller économique à la Banque Cantonale Vaudoise et coordinateur du projet. Le secteur primaire est en constante diminution.» Aujourd'hui, celui-ci représente seulement 1,5% du PIB. «Quant à la finance romande, elle est entièrement en phase avec la place financière suisse», estime Paul Coudret, avec une croissance annuelle moyenne de 3,8%, contre 4,1% sur le plan national.

■ La construction ralentit

Si l'on compare l'évolution de la croissance dans le secteur de la construction, la Suisse romande s'est montrée plus dynamique que l'ensemble du pays, avec un pic en 2000. «S'il est resté à un niveau élevé, le rythme de développement de ce secteur a eu tendance a s'essouffler», estiment les auteurs de l'étude. «Le boom n'est-il pas en train de se terminer?, questionne Paul Coudret. En tous les cas, les demandes de permis ont ralenti au deuxième semestre 2007.»

■ L'industrie en verve

Le dynamisme des industries d'exportation ne semble, quant à lui, pas fléchir. Le secteur des machines, des équipements et des instruments tire toujours la croissance. Sur Vaud par exemple, les exportations ont crû de plus de 11% sur dix ans, soit cinq fois plus vite que le PIB cantonal. Cette industrie est également essentielle à Neuchâtel ou dans le Jura, où son importance en termes de valeur ajoutée par habitant est supérieure à celle du secteur administration, santé et social.

■ Genève en tête

Si les Romands - près de 1,9 million d'habitants - font preuve d'une productivité jugée «remarquable» par les intervenants, d'importantes disparités régionales apparaissent. En termes de croissance moyenne réelle sur dix ans, Genève fait sans surprise la course en tête (+2,7%), suivi des cantons de Vaud et de Fribourg (+1,8%), du Jura et de Neuchâtel (+1,7%). Le Valais, avec +1,5%, ferme la marche.

Relevons également le poids de l'Arc lémanique. Genève (PIB de 37,2 milliards) et Vaud (35,6) représentent, ensemble, 65% du PIB romand. Mais pour Paul Coudret, la complémentarité des cantons permet de mieux résister dans des phases de recul conjoncturel.

Dernier enseignement de l'étude: le PIB par habitant atteint près de 60000 francs en Suisse romande, contre 63000 francs pour chaque Suisse. Là aussi, Genève caracole en tête, avec un montant de 86000 francs. Plus surprenant: le Jurassien (55500) dépasse le Vaudois (53800). Pourquoi? La valeur locative est intégrée dans le calcul du PIB. «Le fait que le Jura compte beaucoup plus de propriétaires que Vaud explique en partie cela, analyse Claudio Sfreddo, chargé du projet au Créa. En outre, nous n'avons pas de données pour les salaires au niveau jurassien et peut-être que la valeur estimée n'est pas assez basse.»

■ Conclusion

Globalement, une chose est sûre pour les auteurs de l'étude: la productivité romande peut largement supporter la croissance démographique de la région. Une région qui se positionne, en termes de valeur ajoutée par habitant, en septième position européenne.