Travailler le bois pour qu'il devienne stable et imputrescible. Voilà le défi constant que s'impose Prodeo. Cette société, financée par un groupe d'investisseurs appenzellois, s'est installée dans une ancienne usine chimique à Avenches. Depuis décembre, grâce à son four et à une technologie gardée secrète pour traiter le bois thermiquement, elle est entrée dans sa phase industrielle. «Nous avons récemment livré 6000 m2 de parquet aux Etats-Unis pour un client italien», confie, un brin de fierté dans la voix, son directeur général, Lionel Rigoni.

Le carnet de commandes déborde, notamment avec la forte demande en parquets, marché principal pour l'heure actuelle. Conséquence directe: la rentabilité mensuelle de la société a été atteinte fin mars. Ainsi, l'achat d'un nouveau four amélioré ainsi qu'un système de séchage figurent déjà au programme. La production s'en trouvera plus que triplée et l'effectif, de quelque six personnes aujourd'hui, grimpera rapidement. Un système de chargement et de déchargement automatique sera également installé.

Ces premiers succès ne permettent néanmoins pas au patron de se reposer sur ses lauriers. Il veut tester et innover sans cesse. Des bancs destinés aux Arènes d'Avenches pour la belle saison aux anciennes traverses de chemin de fer qu'il faut éliminer, toutes les solutions techniques sont imaginées. Et trouvées, parfois en collaboration avec des doctorants ou la Haute Ecole du bois à Bienne. «Le bois constitue un enjeu mondial et, par rapport à la Finlande ou la France, qui possèdent également des unités industrielles de traitement thermique du bois, nous sommes un peu en avance.»

Valoriser les «déchets»

Une avance qu'il convient de garder. C'est pourquoi, à l'abri des regards, les tests se poursuivent à Avenches. «Ce sont de vrais professionnels, souligne Ernst Zürcher, professeur à la division bois de la Haute Ecole spécialisée bernoise à Bienne. Grâce à leur procédé, le bois devient moins perméable à l'eau, donc plus durable.» Seul «défaut», il devient aussi plus cassant. C'est pourquoi, de son côté, Ernst Zürcher travaille à moins haute température sur le traitement du bois à la fumée, ainsi que sur l'imprégnation avec des extraits organiques tirés de déchets de bois résistants.

Le but avoué de Prodeo est clair: valoriser au maximum la production locale (peuplier, hêtre, frêne, etc.) «C'est pourquoi nous souhaiterions que le projet AventiBOIS aboutisse, car cela nous faciliterait la tâche pour trouver le bois», glisse Lionel Rigoni.

Dernier défi que relève la petite société broyarde: utiliser à bon escient tous les «déchets», qui n'en sont pas vraiment. En effet, les tombants sont utilisés par des ateliers protégés pour créer une ligne de meubles de jardin, qui sera disponible dès juin. Quand aux huiles essentielles retirées lors de la chauffe, la société est en négociations pour obtenir leur meilleure valorisation.