Le temps d'un vol, se déconnecter du monde. Entre soi et les affaires courantes, mettre quelques points de suspension. Eteindre son téléphone portable, puisque c'est le capitaine qui nous le demande... S'il subsiste, dans le voyage en avion, un soupçon de ce romantisme-là, il faudra en faire le deuil. Mais pas si vite. La téléphonie mobile en cabine, ce n'est pas encore pour demain.

«En ce moment, il y a un seul avion en Europe équipé d'un système permettant l'utilisation du téléphone mobile à bord, et c'est un avion de la compagnie portugaise TAP», explique Benoît Debains, directeur de OnAir. Sa société, active depuis 2005, est un opérateur de téléphonie mobile et d'Internet, basé à Genève, mais qui ne travaille qu'à partir de 3000 mètres d'altitude. Il est une émanation de SITA, anciennement «Société internationale de télécommunication aéronautique», un fournisseur de services de télécommunication commun à tous les transporteurs aériens du monde. Et le constructeur Airbus est aussi partie prenante dans l'entreprise.

«D'ici à la fin de ce mois, Ryanair placera dans une vingtaine de ses avions un système de téléphonie mobile. Et, d'ici à la fin de l'année prochaine, une cinquantaine d'avions européens devraient être équipés», poursuit le Français. Dans l'ensemble, il s'agit essentiellement de phases d'essai. Entre 2007 et cet automne, Air France a déjà procédé à des tests sur l'un de ses appareils, un A318 qui a effectué des vols dans toute l'Europe. «Les passagers de cet avion ont rempli un questionnaire à la fin du vol. Nous sommes en train d'analyser toutes ces données, mais, s'il s'avère que ce service a satisfait nos clients, nous pensons, petit à petit, équiper toute notre flotte.»

Négocier dans chaque pays

Mais pour l'heure, donc, les activités de OnAir se développent... au rythme qu'autorise son univers, encombré de réglementations en tous genres. C'est que la société est à la croisée du transport aérien et de la télécommunication mobile. Tout d'abord, elle doit obtenir des transporteurs qu'ils installent le matériel nécessaire à ses activités. Très schématiquement, il s'agit d'une boîte et d'une antenne: la première capte les signaux émis par les téléphones portables des passagers, et la seconde les envoie à un satellite; ce dernier les transmet ensuite, via un relais au sol, aux réseaux de téléphonie ordinaires. Tout ce matériel doit ensuite être certifié par les autorités qui veillent à la sécurité des appareils de transport aérien.

Ensuite, OnAir doit obtenir, pays après pays, une licence d'opérateur. «Lorsque l'avion survole un territoire où nous n'avons pas de licence, le réseau à bord s'éteint automatiquement», explique Benoît Debains. «Pour l'instant, nous avons des licences qui couvrent pratiquement tout le territoire européen, et nous avons déjà des accords au Moyen-Orient et dans quelques régions d'Asie. Je précise encore que, au-dessus des océans, c'est toujours possible.»

Enfin, sur un troisième front, OnAir doit négocier des accords de «roaming» avec tous les opérateurs de téléphonie mobile. Téléphoner depuis les airs équivaut, du point de vue de l'usager, à le faire depuis l'étranger. Mais depuis un pays particulièrement onéreux. Un hypothétique client de Swisscom qui voyagerait dans l'unique avion TAP actuellement équipé par OnAir paie à ce jour près de 6 francs la minute de conversation sortante, 3 francs pour un appel entrant, et 1,50 franc pour un SMS. A titre comparatif, un appel passé depuis l'Afghanistan, le Mozambique ou Trinité-et-Tobago coûte 3,70 francs, un appel entrant 3 francs, et un SMS 40 centimes.

Des prix élevés

Rester connecté à toute altitude est donc encore un luxe. «Ces tarifs dépendent des opérateurs mobiles, ce sont eux qui fixent le prix qu'ils facturent à leurs clients», indique Benoît Debains. «Pas du tout, réplique le porte-parole de Swisscom. Ces prix sont élevés, mais c'est parce que les services que nous facturent OnAir sont très chers. Notre marge est minime.» Chez Orange, qui a aussi passé un accord avec OnAir et pratique des tarifs à peu près identiques à ceux de Swisscom, on se contente de dire que les tarifs pourront peut-être varier lorsque ce marché se sera développé. Sunrise, de son côté, attend qu'une véritable demande émerge avant de négocier avec OnAir.

Quoi qu'il en soit, utiliser son propre téléphone mobile dans l'avion restera, même à ces prix, moins cher que les services par satellite actuellement proposés par certaines compagnies.

On le comprend, toutes les conditions ne sont pas encore réunies pour que votre voisin passe le vol Genève-Kuala Lumpur au téléphone avec sa mère. Mais à force d'accords, de licences, et de certifications en tous genres, la téléphonie mobile dans l'avion, c'est une certitude pour Benoît Debains, «semblera bientôt tout à fait banale.»