L'ère dorée de la location est terminée. Pour Eric Pavone, fils du fondateur de la chaîne romande Video Folies, la pression s'accentue sur le secteur. La PME de Romanel-sur-Morges, qui compte 32 vidéoclubs, dont 23 en franchises, n'y échappe pas, malgré sa place de choix dans le paysage romand avec une part de marché d'environ 30%.

«Depuis deux à trois ans, la concurrence s'est accélérée, avec pour conséquence une diminution des prix des DVD à la location, explique le dirigeant. La télévision propose aussi de nouveaux produits, comme la Star Academy et nous le ressentons.» De plus, le piratage de films, marginal au départ, s'intensifie. «Au début, les ados téléchargeaient. Aujourd'hui, le phénomène s'étend même à la tranche d'âge 30-40 ans», poursuit-il.

Si sa rentabilité reste excellente, également grâce à sa centrale d'achats, Video Folies a néanmoins dû faire face à un léger recul de son chiffre d'affaires l'an dernier, notamment en raison du «manque de qualité des films proposés par Hollywood et la météo particulièrement favorable», qui détourne le public de la location.

D'une manière générale, les habitudes de consommation changent et les clients s'avèrent moins enclins à se déplacer. «Beaucoup de petites vidéothèques indépendantes risquent de disparaître dans les prochaines années», estime le fondateur Carlo Pavone.

Comme pour d'autres sociétés (lire complément ci-contre), les avancées technologiques obligent Video Folies à revoir quelque peu son modèle d'affaires de base, créé il y a vingt-trois ans. C'est la mission d'Eric Pavone, revenu dans l'entreprise familiale depuis six mois après une carrière dans l'industrie, alors que sa sœur Mirna s'occupe essentiellement de la publicité et du marketing.

«Pour les trois années à venir, nous souhaitons nous développer sur trois axes, précise le dirigeant. Premièrement, le concept de vidéoclubs va rester pour permettre de conserver notre clientèle locale. Nous souhaitons néanmoins développer d'autres produits et des services complémentaires.» Des coins kiosques, avec possibilité de restauration légère font partie des pistes étudiées. De plus, Video Folies analyse la possibilité de se diversifier dans la vente de jeux vidéo.

Deuxièmement, la société vaudoise mise sur l'expansion des vidéomats, ces distributeurs automatisés qui permettent de limiter les charges tout en continuant à servir une partie de ses 200 000 clients de proximité.

Finalement, une vaste réflexion s'est engagée sur Internet et a débouché sur la création d'une nouvelle société, dvdfolies.net, à fin 2005. «Nous allons proposer un catalogue important de films et de jeux vidéo à la vente», détaille Eric Pavone.

La nouvelle plate-forme web, qui sera opérationnelle dès mars, a pour ambition de proposer de la vidéo sur demande (VOD) courant 2006. Le site sera compatible avec les standards américains, mais le développement de ce service dépendra surtout de la demande d'une certaine catégorie d'utilisateurs et des films qui seront mis à disposition. «Le développement de la VOD en Suisse dépendra notamment de la vitesse à laquelle les consommateurs s'équiperont de nouveaux appareils TV HD avec PC intégré et évidemment, de l'évolution du choix des films qui seront mis à disposition par ceux qui en détiennent les droits», analyse Eric Pavone.

Grâce à cette réorientation, Video Folies entend élargir son bassin de clients à toute la Suisse. La chaîne va continuer avec ce qui fait le 80% de son chiffre d'affaires: la nouveauté. «Car même si la TV à la demande commence à apparaître, il ne sera pas possible d'obtenir des films récents», assure le jeune patron, par ailleurs conscient qu'une nouvelle ère arrive.