Aujourd'hui, c'est presque la moindre des choses. Mais il y a vingt ans, en Suisse, la fabrication de lunettes en une heure était encore une abstraction. Et, pour certains, un mensonge. Lorsqu'en 1988 Visilab ouvre sa première enseigne à Genève et se targue d'une telle prouesse, l'affaire se termine au Tribunal fédéral. L'Association suisse de l'optique (ASO) crie à la publicité mensongère, en vain: en 1991, le TF donne raison à Visilab.

«A l'époque, le marché de l'optique était totalement cartellaire, se rappelle Daniel Mori, président de Visilab. L'ASO se protégeait de toute nouvelle concurrence en formant délibérément un nombre très restreint d'opticiens. Au début de notre activité, c'était notre principal problème: trouver du personnel qualifié.» Pour faire grandir son réseau, Visilab a choisi de se doter d'une structure originale pour séduire les opticiens. «Chacun de nos magasins fonctionne comme une filiale, dont le responsable peut prendre jusqu'à 50% des participations, explique Daniel Mori. Ce modèle a incité beaucoup de jeunes à nous rejoindre.» Aujourd'hui, près d'un tiers des 77 magasins Visilab fonctionne sur ce modèle. Les autres ont à leur tête un gérant, dont les revenus sont aussi corrélés au chiffre d'affaires, mais dans une moindre mesure puisqu'ils n'assument pas le risque entrepreneurial.

Deux étapes de croissance

Ce modèle de croissance - une rareté dans l'optique, qui connaît plutôt le franchisage - a permis à Visilab de conquérir le pays, jusqu'à devenir le plus gros opticien de Suisse. Dans un marché qui pèse 1,2 milliard de francs, Visilab a réalisé 171 millions de chiffre d'affaires en 2007. Il y a vingt ans, c'était à peine 6 millions.

«Regardez, en 1999 et en 2007, ce sont les principales étapes de notre croissance». Sur le graphique qui montre l'évolution de ses ventes sur vingt ans, Daniel Mori pointe un fier index sur ces dates, où les chiffres sautent de 53 à 85 millions de francs, puis de 133 à 171 millions.

D'abord, le rachat des 15 enseignes de Koch-Optik, une chaîne suisse alémanique qui appartenait à Jelmoli. Puis la reprise des 6 magasins suisses de GrandOptical à la société d'investissement néerlandaise HAL, en échange d'une part de 30% dans le capital de Visilab. «Ce partenariat avec HAL, la maison mère de GrandVision, nous laisse beaucoup d'indépendance au niveau opérationnel. Et, à travers le groupe, nous pouvons bénéficier de prix d'achat plus intéressants sur les verres.»

Pour son anniversaire, la chaîne genevoise s'offre deux excentricités: un nouveau site web qui permet l'essayage virtuel d'une cinquantaine de lunettes solaires et optiques; et un partenariat avec l'Ecole cantonale d'art de Lausanne (ECAL), dont les élèves seront chargés de penser les lunettes du futur. Jouer, tâtonner, oser innover: avoir 20 ans, ce n'est que le début...