Bon an mal an, la Suisse reçoit quelque 11 millions de visiteurs étrangers. Et le tourisme – voyages, nuitées, achats – génère dans les 36 milliards de francs, soit 9% du produit intérieur brut. C'est dire l'importance vitale d'une branche qui, de surcroît, représente la principale, sinon l'unique, source de revenus de certaines régions. Pourtant, il s'agit d'un secteur qui a de la peine à rester compétitif face à la concurrence étrangère, comme le souligne Jürg Schmid, directeur de Suisse Tourisme.

«Un restaurateur paie 50% de plus pour la viande, 20 à 30% de plus pour l'électricité et 15 à 20% de plus pour les salaires que ses collègues français, allemands ou néerlandais. Et l'on s'étonne que ses prix soient supérieurs d'environ 15%! En fait, sa marge est plus petite que celle de ses confrères étrangers», note Jürg Schmid. Et de poursuivre: «Vous ajoutez à cela une appréciation du franc de plus de 11% par rapport à la monnaie des pays voisins et vous comprendrez l'ampleur du problème de la cherté helvétique, en une période de crise économique où le facteur prix joue de nouveau un rôle important pour plusieurs catégories de clientèle, notamment en Europe. Le tourisme bon marché, d'un côté, et celui des couches moyennes supérieures, de l'autre, sont particulièrement frappés. Dans un pays tel que l'Allemagne, qui est traditionnellement celui d'où proviennent le plus de visiteurs de la Suisse, on note simultanément l'effondrement des séjours forfaitaires à bon compte à Majorque et celui d'un certain tourisme plutôt haut de gamme, qui était celui des gens investis en Bourse. Il se trouve qu'une grande partie de la clientèle de la Suisse appartient à cette catégorie-là.»

Pour Jürg Schmid, l'avenir du tourisme dépend d'une baisse relative non seulement du niveau du franc, mais encore de celui des prix dans tous les domaines où ils sont artificiellement maintenus au moyen d'ententes cartellaires, notamment verticales. «Comme pour toute industrie, le tourisme a besoin de conditions de production convenables, s'il ne veut pas souffrir de plus en plus de ses désavantages compétitifs», souligne Jürg Schmid.

Cela dit, beaucoup d'entreprises actives dans ce secteur ne se sont pas encore adaptées à l'évolution du marché international. 65% des hôtels ont moins de vingt chambres et ne disposent donc ni d'accès aux grandes chaînes de distribution (n'étant pas en mesure de réserver des contingents à des opérateurs), ni de possibilités de marketing efficace. «Beaucoup d'entre eux n'ont pas encore compris que leur véritable concurrent n'est pas le collègue de la rue d'en face, mais l'hôtelier autrichien ou français», constate Jürg Schmid. «Il y aurait tellement de possibilités de synergies, si seulement on le voulait: des économies d'échelle en groupant les achats et la blanchisserie, une offre plus attrayante si on se mettait d'accord sur des gastronomies complémentaires ou une garderie d'enfants commune; des possibilités d'organiser ensemble des événements! Une chose est sûre: on ne peut plus augmenter les prix, et il faut donc prendre soi-même les mesures qui s'imposent pour baisser les coûts! C'est une question de rentabilité et, pour beaucoup, de survie», note Jürg Schmid. Le même constat vaut pour de nombreux opérateurs de remontées mécaniques qui, plutôt que de mener une politique d'achats et d'entretien commune et de présenter des offres complémentaires («événement familial» et «techno sur la piste», par exemple), veulent tout faire tout seuls.

Cependant, au-delà du marasme économique, des effets du 11 septembre et des craintes de guerre qui affectent le tourisme et assombrissent les perspectives pour 2003, Jürg Schmid souligne que la Suisse conserve à l'extérieur son image de pays de vacances incomparable. Et Suisse Tourisme poursuit assidûment ses efforts de promotion et de coopération internationale (lire aussi Le Temps du 4 octobre et du 6 novembre), non seulement dans les grands marchés traditionnels, mais également dans les «nouveaux» pays à fort potentiel (Chine et Russie notamment).