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Ecorobotix lancera bientôt ses robots désherbeurs sur le marché

La start-up, basée à Yverdon, peaufine ses robots avant un lancement commercial en 2019, voire 2020

Pendant cette année des 20 ans, Le Temps met l’accent sur sept causes emblématiques. La sixième porte sur «la technologie au service de l’homme». Dans cette série, nous mettrons en avant des entreprises suisses orientées vers l’amélioration du quotidien.

Episodes précédents:

  1. Geosatis suit les prisonniers à la trace
  2. Kitro, la start-up qui veut limiter le gaspillage alimentaire
  3. WeRobotics, des drones au chevet des pays émergents
  4. DomoSafety s’invite chez les seniors

Ils sont aujourd’hui une quinzaine, à l’œuvre dans des champs en Suisse, en France, en Belgique et aux Pays-Bas. Mus par l’énergie solaire, les robots d’Ecorobotix ont pour mission de désherber des champs entiers de manière totalement autonome. Fondée en 2011 à Yverdon, la start-up est issue de la rencontre de deux hommes, Aurélien Demaurex et Steve Tanner. «Steve vient du milieu agricole, il voulait vraiment utiliser la technologie pour minimiser l’impact environnemental de l’agriculture et améliorer notre qualité de vie, raconte son associé. De mon côté, je viens d’une famille d’entrepreneurs, et j’ai été immédiatement séduit par l’idée de Steve d’associer entrepreneuriat et écologie.»

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Depuis 2011 et l’association des deux hommes – Steve Tanner est devenu directeur technique et Aurélien Demaurex directeur général –, Ecorobotix n’a cessé de croître. Si sa quinzaine de robots est encore dans une phase de tests, ils sont d’ores et déjà efficaces. Ils désherbent les champs en pulvérisant des doses précises de produits phytosanitaires uniquement sur les plantes qui ont été cataloguées comme «mauvaises herbes» – on les appelle les «adventices». «Avec nos robots, notre but est de réduire d’un facteur dix à vingt le nombre de litres de désherbant pour un champ, affirme Aurélien Demaurex. Cela dépend du type de culture, mais les premiers résultats sont encourageants. Nous avions eu cette idée bien avant le débat actuel sur la nocivité du glyphosate et sommes convaincus de la justesse de notre démarche.»

«Certains ont presque honte»

Aurélien Demaurex a aussi perçu un changement d’attitude de la part de certains agriculteurs. «On remarque que certains ont presque honte, vu les débats actuels et la prise de conscience de la nocivité de certains produits, de les épandre sur leurs champs. Certains le font par exemple très tôt le matin pour ne pas être vus… Un changement très important des mentalités est en train de se produire. C’est positif et nous avons une solution intéressante à proposer.»

Si les tests sont concluants, Ecorobotix espère entrer dans une phase commerciale en 2019, voire 2020. «Tout prend beaucoup de temps, sourit Aurélien Demaurex. Du point de vue robotique, nos machines sont rodées et au point. Mais nous continuons à améliorer nos algorithmes pour détecter au mieux les «mauvaises herbes» dans le plus d’environnements différents possible pour améliorer l’efficacité de nos machines. Tous nos concurrents étrangers sont plus ou moins au même stade que nous [dont une filiale de John Deere] et nous serons dans les temps.» Pour l’entrepreneur, il est exclu de lancer trop tôt sur le marché une machine qui ne serait pas suffisamment fiable. Côté prix, un tel robot pourrait se vendre entre 35 000 et 40 000 francs pièce.

Analyse des données

La start-up, à laquelle se sont déjà intéressés plusieurs médias internationaux, ne peut, pour l’heure, tester davantage de robots. «Analyser les données prend énormément de temps et nous ne sommes qu’une vingtaine d’employés, poursuit le cofondateur. Nous sommes aussi très dépendants des saisons, puisque le désherbage s’effectue principalement au printemps et plus marginalement en automne.»

Côté finances, Ecorobotix est aujourd’hui solide. En mai de cette année, il a bouclé un tour de table de 10,6 millions de francs, grâce à des investisseurs historiques, de nouveaux partenaires, mais aussi… BASF. «Cette multinationale allemande – et l’industrie chimique en général – sent bien que l’avenir n’est pas à pulvériser de grandes quantités de produits chimiques dans les champs. BASF cherche des solutions alternatives pour le futur et nous les intéressons particulièrement.»

Supprimer les herbicides?

Et si l’avenir passait par… la suppression totale des herbicides et pesticides? «C’est bien sûr le but ultime, mais pas à court et moyen terme, relativise Aurélien Demaurex. On peut imaginer une destruction des «mauvaises herbes» de différentes manières, par exemple mécaniquement, par la chaleur, des micro-ondes ou encore avec de l’électricité. Nous y réfléchissons déjà.»

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