Le robot écologique qui désherbe les champs sans recourir aux produits chimiques

Agriculture EcoRobotix modernise un secteur qui a peu évolué

La start-up vise en premier les récoltes de betteraves à sucre

Les robots visent désormais l’agriculture. C’est en tout cas l’objectif d’ecoRobotix, une start-up vaudoise qui développe une machine capable de désherber les champs de betteraves à sucre, sans intervention humaine.

Muni de caméras, de capteurs, d’une boussole et d’un récepteur GPS, le robot traque inlassablement la mauvaise herbe. Dès qu’il la repère, ses bras font actionner une lame tournante qui éradique l’hôte indésirable.

«Nous voulons faire évoluer un secteur qui utilise les mêmes machines depuis 30 ans», explique Steve Tanner, cofondateur d’ecoRobotix. Cet ingénieur en microtechnique de l’EPFL, fils d’agriculteur, a souvent aidé dans sa jeunesse à désherber à la main les cultures de l’exploitation familiale. L’idée de faciliter ce travail long et répétitif à l’aide de robots a germé au début des années 2000.

«Il y a une demande de plus en plus marquée des paysans, qui appliquent aujourd’hui à plus de 90% des produits chimiques sur leurs récoltes et parfois jusqu’à six fois par année. La betterave à sucre est particulièrement concernée», précise Steve Tanner. Non seulement ces désherbants ont un coût mais ils sont aussi décriés par les consommateurs. Les directives visant à diminuer leur emploi se multiplient. A l’exemple du plan Ecophyto 2018 en France qui a pour objectif de diviser par deux l’usage de pesticides avant 2018.

Il suffit à l’agriculteur d’introduire les coordonnées GPS de ses champs dans une application sur smartphone. Le robot se met au travail. Un algorithme permet d’identifier sa position. «Grâce à un projet avec l’EPFL, nous développons un logiciel d’analyse d’images permettant de reconnaître les mauvaises herbes et de les localiser avec précision, précise Steve Tanner. Totalement autonome, le robot fonctionne à l’énergie solaire. Si le temps est couvert, il travaille plus lentement.» Et chaque semaine, il se remet à la tâche. Léger, il limite le tassement des sols, le rendant ainsi moins vulnérable à la sécheresse et aux inondations.

Le robot présente un avantage de précision. Son outil de désherbage peut s’approcher jusqu’à 2 centimètres d’une plante, ce qui lui permet de faire son travail dans la ligne de culture. «La société française Naïo a aussi développé un robot agricole capable de désherber mécaniquement mais uniquement entre les rangées de culture», compare Steve Tanner.

Fondée en 2011 à Essert-Pittet (VD) par Steve Tanner et Aurélien Demaurex, la jeune entreprise du Nord vaudois a validé son premier prototype. La start-up travaille actuellement sur une pré-série de cinq robots, tous fabriqués en Suisse. Ils seront testés chez des agriculteurs d’avril à juin 2015.

EcoRobotix vise dans un premier temps la betterave à sucre. Le robot pourra par la suite être utilisé pour toutes les cultures semées en ligne, à l’exemple des champs de maïs, de tournesol, de soja et les cultures maraîchères, telles que les oignons, carottes et salades.

La start-up a reçu un prêt de la Fondation pour l’innovation technologique (FIT) recherche des fonds externes pour financer son projet, soit 1 million de francs. Les fondateurs de l’entreprise estiment pour l’instant prématuré de communiquer le prix de vente de du robot, qui sera commercialisé début 2016. «Il sera rentabilisé en cinq ans», laisse toutefois entendre Steve Tanner, qui vise rapidement le marché européen. Le potentiel de marché s’avère important. «Il y a environ 200 millions d’hectares concernés, ce qui correspond à un potentiel d’environ 20 millions de robots.» Quant à la start-up, elle espère enregistrer un chiffre d’affaires de 5 à 8 millions de francs en 2018. La concurrence est rare mais elle n’est pas inexistante. Le principal concurrent se nomme BoniRob. Il a été lancé par le constructeur allemand de machines agricoles Amazone, en collaboration avec le groupe Bosch.

La robotique a bel et bien fait son entrée dans l’agriculture. Les machines sont souvent partagées entre plusieurs exploitations. Les systèmes d’assistance à l’épandage de produits chimiques, d’herbicides ou d’engrais sont de plus en plus répandus.

En Australie par exemple, l’Université de Sydney a développé un robot, baptisé LadyBird. Cette machine totalement autonome fonctionne grâce à l’énergie solaire et circule dans les rangées de plantations pour surveiller la «bonne santé» des cultures et plantations. Grâce à ses nombreux capteurs, senseurs et caméras, elle détecte rapidement d’éventuelles anomalies et avertit l’exploitant agricole qui peut ainsi prendre immédiatement les mesures appropriées.

D’autres robots sont utilisés dans la fertilisation et permettent de réduire de manière très sensible l’utilisation de produits chimiques.

Enfin, les robots sont également en train de transformer le secteur de l’élevage. Dans certaines exploitations, chaque vache est munie d’un collier électronique qui permet au robot de la reconnaître et de lui délivrer la quantité exacte de concentré et de nutriments dont elle a besoin. Pendant que les vaches s’alimentent, le robot nettoie le pis puis quatre trayons à guidage laser viennent se positionner sur ses mamelles.

«Un logiciel, développé avec l’EPFL, reconnaît les mauvaises herbes et les localise avec précision»