La société EcoWaste a fait sa place dans le nouveau marché du tri des déchets

Recyclage L’entreprise vaudoise, spécialisée dans les systèmes de pesage, se développeà l’international

La PME vise la rentabilité pour 2014

Dans une halle de la zone industrielle d’Aclens (VD), toute une série de conteneurs sont exposés. Jean-Luc Schlaeppi, directeur et fondateur d’EcoWaste, insère une carte magnétique pour déverrouiller la trappe du «molok» qui sert de démonstrateur. Il jette un sac-poubelle – noir – dont le poids s’affiche sur un petit écran. «Toute la difficulté du système consiste à délivrer un poids exact, quel que soit l’emplacement du sac-poubelle dans le conteneur», souligne le directeur d’EcoWaste. Les données enregistrées sont transmises via le réseau sur un serveur distant. Les mesures peuvent par la suite être consultées sur Internet, tant par la commune que par les utilisateurs et transporteurs, et directement utilisées par les systèmes de facturation des collectivités publiques. Chaque ménage peut donc contrôler à distance sa production de déchets et ses factures.

Créée en 2003, EcoWaste a trouvé sa place dans le marché ouvert par l’adaptation des cantons romands aux exigences fédérales, liées au tri des déchets. Son système a séduit toute une série de petites communes qui ont opté pour la taxe au poids, à l’exemple d’Hermenches, Apples, Féchy, le Val-de-Travers ou Oron-la-Ville. Le Conseil communal d’Oron-la-Ville a, par exemple, en novembre dernier accepté l’installation de quarante «moloks», pour un investissement de 310 000 francs. Ajoutés aux 14 déjà en place, cela en fait 54 pour un coût total de 692 000 francs.

«Quels que soient le type et la taille de votre sac à ordures, vous n’avez pas besoin de le tasser et de le remplir au maximum pour le rentabiliser, puisque la taxe est proportionnelle à son poids, avec une précision de 50 grammes, explique Jean-Luc Schlaeppi. Cette taxe est plus juste, puisque c’est sur cette même base que la commune paie les coûts de transport et d’élimination.»

Depuis le 1er janvier 2014, 310 des 318 communes du canton de Vaud disposent d’une taxe au sac ou au poids. Pour les services communaux de collecte des ordures, le résultat est probant: une baisse de 20 à 40% sur le volume de déchets récoltés a été enregistrée, selon les communes. Si les ordures ménagères baissent d’environ 30%, en revanche, la qualité moyenne des matières valorisables (papier, compost) est péjorée par la présence d’autres déchets. «Nous trouvons beaucoup plus de sacs plastique dans les déchets verts, ce qui nous pose des problèmes car il faut les sortir», expliquait Jean-Daniel Luthi, coordinateur de la taxe au sac régional, lors d’une conférence de presse en janvier 2013.

En revanche, sur les 318 communes du canton de Vaud, seules 34 ont opté pour la taxe au poids. «Les usines d’incinération se sont battues pour la taxe au sac, qui leur rapporte plus de tonnes. Je n’ai pas fait le poids», note Jean-Luc Schlaeppi. Toutefois, le fondateur et directeur d’EcoWaste continue de mener le combat. «Tôt ou tard, on s’attend à un basculement vers la taxe au poids qui amène une meilleure performance de tri. Avec un tel système, les consommateurs sont attentifs à n’envoyer à l’incinération que le strict minimum. Selon une étude réalisée par un ingénieur agronome indépendant, mandaté par EcoWaste, on constate, quelques mois après l’introduction de la taxe au sac, que les vieilles habitudes reprennent. «Selon cette étude, nous observons 60% de diminution de tonnes de déchets incinérables pour la taxe au poids, contre 30% pour la taxe au sac», argumente-t-il.

L’Office fédéral de l’environnement (OFEV) ne peut pas tirer de telles conclusions. «Nous n’avons pas étudié en détail les différences entre les deux systèmes. Toutefois, la taxe au sac basée sur le volume semble beaucoup plus pratique pour le ramassage des déchets provenant des ménages, car les sacs ne doivent pas être pesés séparément», estime Isabelle Baudin, collaboratrice scientifique à l’OFEV.

Le coût de l’installation freine également les communes. Un conteneur avec pesée est de 12 000 francs et son installation avoisine les 2000 à 3000 francs. «Toutefois, le retour sur investissement se fait entre trois et cinq ans», argumente Jean-Luc Schlaeppi.

La taxe au poids change aussi les habitudes des ménages. Ce n’est plus le camion poubelle qui vient à eux, mais il faut aller à la poubelle. Jean-Luc Schlaeppi préconise ainsi un point de récolte pour 100 habitants pour un ramassage par semaine. Et d’ajouter un autre argument: «Hormis l’incinération, ce qui coûte dans la gestion communale des déchets, ce sont les tournées des récoltes. Les conteneurs de grandes capacités permettent de diminuer leur nombre. Ainsi, selon le contexte, 4 à 5 tonnes de déchets peuvent être collectées à l’heure, contre 1,5 tonne pour le système du porte à porte.»

Dans les communes équipées de pesées ou de capteurs de niveaux à ultrasons, comme Buchs (SG), Lavigny ou Peney-le-Jorat (VD), il est possible de connaître, via Internet, le taux de remplissage des conteneurs, d’anticiper le moment où il faudra les vider et d’optimiser les tournées des camions.

Forte de 25 collaborateurs, EcoWaste réalise 5 millions de chiffre d’affaires, contre 4 millions en 2012. Elle se développe à l’international, notamment sur le marché français qui a adopté le principe des «redevances incitatives» au poids ou au volume. La société, qui vise la rentabilité cette année, a récemment remporté un appel d’offres dans la commune française de Bellegarde.

Au-delà des systèmes avec cartes magnétiques, EcoWaste fournit des «moloks» plus traditionnels à savoir des conteneurs à déchets ronds souvent recouverts de lattes en bois, dont la capacité peut atteindre 5000 litres. La Suisse romande et les stations de montagne sont particulièrement bien équipées. «Nous sommes leaders en ce qui concerne les modèles semi-enterrés. Nous en avons déjà installé 7000», précise le directeur de l’entreprise vaudoise.

D’autres modèles peuvent être entièrement enterrés. Sur ce marché, c’est la société suisse alémanique Villiger qui domine. «Notre valeur ajoutée est dans le pesage du conteneur et la gestion des données», explique Jean-Luc Schlaeppi, dont les systèmes sont tous alimentés par énergie solaire. Des arguments qui ont convaincu quatre nouvelles communes, qui opteront cette année pour la taxe au poids.

«Les usines d’incinération se sont battues pour la taxe au sac qui leur rapporte plus de tonnes»