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Dans la salle 5 du mégaplexe zurichois Arena, l’écran prend la forme d’une gigantesque dalle noire composée de 2304 petites plaquettes en aluminium.
© Aladin Klieber/PPR

Technologie

Les écrans de cinéma LED arrivent en Suisse

Depuis 1895, les cinémas fonctionnent sur le même principe: la projection d’un faisceau de lumière sur une toile blanche. Samsung veut changer cela grâce à de nouveaux écrans LED, dont l’un des premiers exemplaires au monde vient d’être installé à Zurich

L’expression «se faire une toile» s’apprête-t-elle à tomber dans l’oubli? Le groupe Arena, troisième exploitant suisse derrière Pathé et Kitag, a présenté mardi à Zurich un nouveau type d’écran destiné à remiser les projecteurs au grenier.

C’est une première. Car si la pellicule a récemment disparu des cabines et des studios au profit du tout-numérique, le principe de base du septième art n’a, lui, pas changé d’un iota. Les quelque 170 000 écrans de cinéma du monde (585 en Suisse) fonctionnent ainsi toujours grâce à la projection d’un faisceau de lumière sur un écran blanc, technologie mise au point par les frères Lumière en 1895. Samsung ambitionne aujourd’hui de remplacer la toile par des millions de petites ampoules LED.

Lire aussi: Thierry Hatier: «Les écrans LED ne fournissent pas d’effets exceptionnels»

Trois écrans dans le monde

Avis aux vieilles générations: Samsung n’est pas le nom d’un réalisateur asiatique méconnu mais celui d’un gigantesque conglomérat sud-coréen actif dans des secteurs aussi divers que les plateformes de forage, les téléphones portables et les frigos connectés. Le groupe est également connu pour ses moniteurs et ses écrans numériques. Sur les 170 000 salles citées plus haut, trois seulement sont équipées de cette nouvelle technologie: à Séoul, Shanghai et… Zurich. Pour promouvoir ces écrans, Samsung vante ses noirs plus profonds, ses contrastes plus prononcés et son environnement sonore plus immersif.

Il n’y a donc plus de toile. Dans la salle 5 du mégaplexe zurichois, l’écran prend la forme d’une gigantesque dalle noire composée de 2304 petites plaquettes en aluminium. Au total, pas moins de 26,4 millions d’ampoules LED habillent cet écran de 10,3 mètres de large pour 5,4 mètres de haut. Au-dessus et au-dessous de l’écran, de larges espaces sont prévus pour diffuser le son. Le fait qu’il n’y ait plus de faisceau facilite l’agencement de la salle (il est possible de mettre davantage de sièges) et la rend plus sombre durant la séance. «Et vous ne voyez plus la tête de votre voisin apparaître sur l’écran quand il se lève», souligne Edouard Stöckli, propriétaire du groupe Arena.

Netteté et luminosité irréprochables

Lors de la séance montrée après la conférence de presse, l’auteur de ces lignes a surtout été frappé par la netteté irréprochable et la luminosité éclatante des images. Mais également par le fait que la salle de cinéma était complètement noire et non plus éclairée par un puissant faisceau de lumière, ce qui permet une meilleure immersion dans le film.

Andy Bohli, patron de la société zurichoise Imaculix – qui a fait le lien entre Arena et Samsung –, assure que ce type d’écran consomme moins d’énergie et s’avère plus facile à entretenir qu’un projecteur traditionnel. «Changer une plaquette est plus facile que de changer de toile. En outre, l’ampoule du projecteur devait être remplacée toutes les 600-800 heures alors qu’une ampoule LED est supposée tenir 100 000 heures.» Il en est convaincu: ce type d’écran est appelé à se banaliser. «On peut y diffuser également des contenus alternatifs tels que des présentations professionnelles ou des compétitions de e-gaming», argumente-t-il. Il conclut sur une boutade: «Il est l’heure de mettre les projecteurs à la retraite.»

Lire également: La mort silencieuse des projectionnistes

Transition plus sereine pour les exploitants

Retraite anticipée, alors. Car les projecteurs que l’on trouve aujourd’hui dans les cabines sont, pour la plupart, encore flambant neufs. Ces dix dernières années, les exploitants du monde entier ont en effet dû casser leur tirelire pour s’équiper, à grands frais, de projecteurs numériques. Et envoyer la fine mécanique du 35 mm à la casse. Sans compter que cette transition a eu lieu à une époque critique, où le public se tourne de plus en plus vers d’autres modes de consommation que la bonne vieille salle aux fauteuils rouges. L’arrivée de ces nouveaux écrans va-t-elle imposer un nouveau cycle d’investissements?

Rien n’est moins sûr, à en croire René Gerber. «Lors de la transition numérique, rappelle le secrétaire général de l’association faîtière ProCinema, les exploitants n’avaient pas le choix. C’était changer ou mourir, puisque les distributeurs ont fini par arrêter de livrer de la pellicule pour passer uniquement aux disques durs.» Avec les écrans LED, le saut technologique est moins important puisque le film est de toute façon dématérialisé. La transition pourrait donc être plus facile à faire pour les exploitants.

Des centaines de milliers de francs

Mais, tôt ou tard, ils devront passer à la caisse. «Jusqu’à une certaine époque, nous pouvions attendre le client, se rappelle Edouard Stöckli. Maintenant, nous devons aller le chercher.» En investissant par exemple dans de nouvelles projections de type IMAX (écran plus grand que la moyenne) ou 4DX (proposant des effets tels que des mouvements de siège ou des souffles d’air). En ce qui concerne ce nouvel écran LED, Edouard Stöckli ne souhaite pas divulguer le montant exact de l’investissement. Selon les bruits qui circulent sur le marché suisse, ils coûteraient pour l’heure plusieurs centaines de milliers de francs.

La toile est-elle donc définitivement condamnée? Dans l’absolu, c’est peut-être trop tôt pour le dire. En ce qui concerne celle de la salle 5 du mégaplexe de Zurich, en revanche, la réponse ne fait pas un pli. En sortant de la présentation, les journalistes ont tous reçu un porte-clés confectionné avec un petit morceau de l’ancien écran.

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