La gestion passive gagne continuellement en importance auprès des investisseurs. Qu’il s’agisse de fonds indiciels ou d’exchange traded funds («ETFs»), les instruments permettant de répliquer la performance d’un indice sont appréciés en raison de l’effet de diversification qu’ils apportent et de leurs faibles coûts.

Compte tenu de la popularité grandissante de ces instruments – la SIX, l’exploitant de la bourse suisse, recense actuellement plus de 1200 ETFs cotés en Suisse –, la sélection de ces instruments devient toujours plus difficile. Tour d’horizon de quelques critères à prendre compte lors de la sélection d’un ETFs ou d’un fonds de placement indiciel.

Fonds indiciels ou ETFs, comment choisir?

Christian Gast, directeur chez iShares, filiale spécialisée dans les produits indiciels chez BlackRock Asset Management Suisse, rappelle que les fonds indiciels et les ETFs diffèrent sur plusieurs points, notamment en ce qui concerne le négoce, le traitement fiscal ou le prêt de titres. S’agissant du premier aspect, les fonds indiciels ne sont négociables qu’une seule fois par jour. Le cours étant déterminé après la clôture des marchés. A l’inverse, les ETFs peuvent être achetés ou revendus durant toute la journée. Cela en fait un instrument apprécié des investisseurs très actifs sur les marchés. Côté prix, les ETFs sont aussi légèrement plus chers que les fonds indiciels proposés pour un même indice sous-jacent correspondant.

Andri Peer, directeur de la société de gestion de fortune Peersuna, estime entre 20 et 30 points de base la différence de performance qui existe entre les fonds indiciels et les ETFs basés sur des indices identiques. Pour la première catégorie, le ratio de dépense total (TER) se situe typiquement aux alentours de 20 à 30 points de base, alors que cette fourchette se situe entre 40 et 60 points de base pour la seconde lorsqu’il s’agit d’indices peu courants, à l’exemple du MSCI Emerging Markets.

Pour les indices les plus courants, comme le S&P 500 ou le DAX, les coûts sont à peu près pareils pour les deux catégories, observe l’expert à la tête de la société basée à Sargans. Dans son allocation d’actifs, Peersuna met en œuvre la stratégie d’investissement de ses clients à hauteur de 80% avec des ETFs ou fonds indiciels, les 20% restant avec des fonds actifs.

Côté fiscalité, les fonds indiciels domiciliés en Suisse ne sont pas soumis au droit de timbre. C’est le cas pour un ETF, qui est soumis deux fois à l’impôt anticipé, lors de l’achat et lors de la vente. Les fonds indiciels ne peuvent pas être utilisés pour des prêts de titres, alors que c’est le cas pour certains ETFs. En contrepartie du prêt de titres, les détenteurs de tels ETFs sont toutefois rémunérés pour cette action, ce qui permet de réduire une partie des coûts totaux de ces instruments.

Liquidité: à quels aspects faut-il être attentif?

Avec un fonds indiciel, le détenteur de parts se voit lors de la vente rembourser la valeur des titres inclus dans le fonds en fonction de la valeur intrinsèque (NAV) des fonds sous-jacents. S’agissant des ETFs, l’investisseur devra être attentif à l’écart («spread») proposé entre le prix d’achat et de vente. Ici, le rôle assuré par le teneur de marché est essentiel. Il faut tenir compte à la fois de la liquidité assurée sur le marché primaire, lors de l’émission du titre, et celle sur le marché secondaire, lorsqu’un ETF est acheté et revendu par les participants. «Lorsqu’un ETF vient d’être lancé, certains produits sont parfois relativement illiquides. Ensuite, quand les volumes augmentent, la liquidité s’améliore aussi graduellement sur le marché secondaire», explique Christian Gast.

Le prix est-il le meilleur critère de sélection?

Selon Andri Peer, les ETFs les meilleur marché ne sont pas toujours les plus adéquats pour les clients. Selon lui, il faut aussi tenir compte d’autres aspects comme le fait de savoir si les ETFs ont une base physique (ils sont effectivement investis dans les titres de l’indice correspondant) ou synthétique (ils répliquent l’indice avec différents instruments comme des swap, etc.). Pour les investisseurs qui agissent à court terme, il est plus important d’être attentif aux écarts entre le prix de vente ou d’achat («spread»), ceux orientés à plus long terme font mieux de tenir compte des coûts totaux (TER).

Faut-il se protéger ou non contre les fluctuations de change?

Un investisseur suisse souhaitant placer de l’argent dans des actions américaines, via un ETF basé sur l’indice S&P 500 par exemple, doit-il l’acheter en dollar ou en franc? Les spécialistes n’ont pas de réponse toute faite à apporter à cette question. «Globalement, les ETF et les fonds qui ne sont pas protégés contre les variations de devises restent les plus répandus», constate Christian Gast. Toutefois, l’inverse est vrai pour les mandats discrétionnaires (géré par la banque pour le compte d’un client), observe-t-il. «Il est extrêmement difficile de pronostiquer les tendances sur les marchés des devises. On observe des afflux significatifs d’argent vers les fonds ou ETFs protégés contre les variations de change chez les investisseurs privés», relève l’expert.

Andri Peer conseille, lui, l’approche suivante: si un investisseur individuel a un avis clair au sujet de l’évolution des devises – par exemple s’il anticipe un renforcement du dollar face au franc –, alors il fait mieux d’investir dans un ETF en actions américaines directement libellé en dollar, non protégé contre les variations de change. En revanche, s’il n’a pas d’opinion particulière au sujet du marché des devises, il ferait mieux d’opter pour un ETF en franc. Entre 75 et 90% de ses clients optent pour des ETFs protégés contre les variations de change, estime-t-il. «Si vous encourez déjà un risque de marché et de taux, y ajouter encore une couche de risque se rapportant aux devises est beaucoup pour un investisseur privé», considère-t-il.

Pondération: faut-il opter pour des instruments qui limitent le poids de chaque titre?

Les ETFs qui ne reflètent pas simplement la composition d’un indice donné mais qui pondèrent le poids de ceux-ci sont devenus toujours plus nombreux. C’est le cas par exemple de l’indice SPI Multi Premia, lancé à la mi-septembre, qui limite à 8% le poids maximum d’un titre donné au sein du SPI.

En Suisse, le poids dominant de valeurs comme Nestlé, Roche et Novartis au sein des principaux indices de la bourse helvétique, est un problème récurrent pour les investisseurs passifs. Malgré tout, Christian Gast se montre relativement sceptique à propos de l’essor de produits indiciels pondérés. «En soi, l’idée de plafonner le poids de titres dans un indice à un certain pourcentage est peut-être souhaitable du point de vue de la diversification. Toutefois, le grand public est peu réceptif à ce type d’indices pondérés», constate-t-il. Il cite l’exemple de l’indice SLI (qui regroupe les 30 plus grandes capitalisations de la bourse suisse), lancé il y a près de dix ans, et qui reste encore très peu connu du grand public en Suisse.

Andri Peer relève aussi que le marché suisse est un cas particulier pour les investisseurs compte tenu du poids très important de quelques valeurs comme Nestlé, Roche et Novartis. Pour réduire cette concentration de risques, une solution peut être d’acheter des fonds ou ETF basés sur le SPI en les complétant par un autre sur le SMIM qui inclut les capitalisations moyennes de la bourse suisse. Pour les produits basés sur des indices déjà largement diversifiés comme le S&P 500 aux Etats-Unis ou le FTSE en Grande-Bretagne, il ne voit en revanche pas l’intérêt d’acheter des instruments qui pondère le poids de chaque valeur dans l’indice.

De manière générale, le spécialiste se montre plutôt réservé à propos des produits indiciels de type «smart beta» qui introduisent un élément actif dans la gestion passive. «Il faudra encore attendre quelques années pour qu’il y ait un tri entre le bon grain et l’ivraie dans cette offre de titres», conclut-il.