Edipresse sera dans le rouge en 2004 pour la première fois depuis dix ans. Le bénéfice avant impôts reculera de 30 millions de francs par rapport à 2003 (45,1 millions), a annoncé mardi le deuxième groupe de presse suisse et actionnaire du Temps. La perte nette de l'exercice pourrait dépasser 10 millions de francs, selon Bloomberg, sur un chiffre d'affaires en progression de 5% (2003: 804,5 millions).

Trois facteurs pèsent sur les résultats. Le premier, non récurrent, concerne des frais de restructuration industrielle en Espagne (8 millions) et en Suisse (14 millions). La concentration des imprimeries de labeur à Renens au début 2005 sera suivie de celle des imprimeries de presse à Bussigny en 2006, Edipresse ayant décidé d'en comptabiliser tous les frais cette année.

Outre des loyers et des amortissements de machines, ces frais concernent surtout le personnel. Les 70 employés de Corbaz et les 110 du site de Vernier ont eu le choix entre un nouveau poste et un plan social assorti de mesures d'accompagnement. Plus des deux tiers des premiers et environ la moitié des seconds sont reclassés dans l'entreprise, selon la direction. La commission du personnel de Vernier doit encore se prononcer sur l'accord.

Deuxième facteur, des investissements importants (17 millions, contre 10 en 2003) ont été consentis dans le lancement de nouveaux produits, principalement les magazines FHM (245 000 exemplaires) et In Style en Espagne. Christopher Bolton, directeur financier du groupe, est «très satisfait» des premiers résultats. Edipresse réalise près de la moitié de son chiffre d'affaires hors de Suisse, surtout dans la péninsule ibérique.

Charges exceptionnelles de restructuration

Le troisième facteur est la contraction du marché publicitaire. C'est même un sérieux trou d'air qu'a traversé toute la presse suisse en octobre – un mois important – avant de se ressaisir en fin d'année. «Le début de reprise constaté au début de l'été a avorté. Nous sommes très prudents dans nos pronostics et n'envisageons pas de progression publicitaire en 2005», dit Christopher Bolton. De son côté, Pierre Lamunière, administrateur délégué du groupe, faisait état d'une tendance légèrement positive des annonces commerciales dans une récente interview à Finanz und Wirtschaft.

«Compte tenu des charges exceptionnelles de restructuration, la révision à la baisse du bénéfice 2004 ne modifie pas les perspectives d'Edipresse à long terme, relève Scott Weldon, qui suit la société pour la banque LODH. La santé de l'entreprise s'en trouvera plutôt améliorée ces prochaines années.» En revanche, ajoute l'analyste, le manque de dynamisme du marché publicitaire est un élément négatif par rapport à la relative confiance qui régnait encore cet été.

«C'est là que le bât blesse», confirme Christopher Bolton, qui juge néanmoins le groupe «bien placé pour résister dans un marché difficile, ou rebondir si le climat devait s'améliorer». Signe de cette confiance, quelque 17 millions d'investissements sont prévus au budget 2005, et de nouvelles acquisitions ne sont pas exclues. Dans Finanz und Wirtschaft, Pierre Lamunière évoquait des projets d'expansion en Chine, ou en Suisse alémanique si une maison d'édition «d'une certaine dimension» (ndlr: 100 millions de francs de chiffre d'affaires) offre une opportunité intéressante.