Presse Romande ne veut pas de RSR-Info, le projet de chaîne d'information en continu de la Radio romande (Le Temps du 3 avril 2003). Elle l'a écrit fin mai à l'Office fédéral de la communication (Ofcom); puis l'a redit lundi à Lausanne en conférence de presse.

L'association faîtière des éditeurs romands a listé nombre d'arguments à l'appui de son refus, notamment celui d'un possible viol de la Constitution fédérale. Cette dernière stipule que l'autorité qui concède l'autorisation d'émettre doit prendre en compte la situation des autres médias. Or, cette situation est actuellement très difficile pour la presse, rappellent les éditeurs. Un «oui» bernois nierait cette réalité.

«La création et la multiplication de nouveaux canaux provoquent une diminution régulière des tirages et de l'audience de la presse, alors que seuls 19% des jeunes adultes entre 19 et 35 ans lisent régulièrement un journal», expliquent les éditeurs. L'écrit souffre en plus de facteurs défavorables «liés au temps et au lieu de consommation (automobile, lieu de travail, etc.)». Actuellement confrontée à une chute des rentrées publicitaires, la presse doit par ailleurs faire face à de nombreux problèmes futurs, tels que la hausse des tarifs postaux dès janvier 2004 pour le transport des journaux, les menaces du Conseil fédéral de supprimer toute aide faute d'accord sur un système de soutien direct, un projet d'ordonnance – donc de nouvelles charges – sur le recyclage du papier, sans parler de la multiplication des interdits publicitaires et des obstacles de plus en plus contraignants à la diversification des entreprises de presse vers d'autres médias.

Alors qu'on «observe une presse qui lutte dans un environnement économique très difficile, la SSR, financée par la redevance – la plus chère d'Europe – entend augmenter son offre et, par là, renforcer son activité sur la scène médiatique. C'est incompréhensible, pour ne pas dire indécent, s'insurge Presse Romande. La notion de service public ne doit pas devenir prétexte à financer n'importe quel projet.»

Et les éditeurs de questionner l'attitude «asymétrique» des autorités fédérales entre écrit et audiovisuel. Ils reprochent au Conseil fédéral d'abuser de la redevance pour «faire de la politique sociale» (exonération des bénéficiaires de rentes complémentaires AVS et AI) ou de la «politique de promotion du pays à l'étranger», tout en empêchant «l'arrivée d'un groupe de presse sur le marché de l'audiovisuel s'il a une position forte dans une région».

Pour sa défense, la RSR parle d'«intérêt stratégique», de «concurrence des radios et groupes étrangers», de «complémentarité», d'«affirmation de l'identité romande», de «dynamisme du marché» (à plein rendement, RSR-Info aura créé une soixantaine de postes de travail), «d'ambition pour notre région» et, enfin, des «attentes du public» (Le Temps du 18 juin 2003). Les éditeurs rejettent ce discours. Pour eux, l'offre actuelle satisfait déjà aux exigences du service public, «neuf auditeurs sur dix écoutant des programmes RSR». «Selon un sondage SSR, 20% des personnes interrogées sont favorables à la création de RSR-Info, ajoute Alfred Haas, secrétaire général de Presse Romande. Cela veut dire que 80% n'en veulent pas!»

En se projetant dans l'avenir, les éditeurs craignent surtout que le financement de RSR-Info n'entraîne, directement ou indirectement, une nouvelle hausse de la redevance ou, pire encore, que la SSR ne demande une introduction de la publicité à la radio, autorisation que «le Conseil fédéral pourrait donner sans modification de la loi». Un risque de nouveau manque à gagner pour la presse que les éditeurs refusent.

Le lancement de RSR-Info est budgété à 2,5 millions de francs, son fonctionnement à 10,7 millions par an. La RSR y participera pour 30%, le solde provenant de la SSR. La RSR n'attend plus que l'aval du Conseil fédéral, qui doit se prononcer sur la modification de la concession. Il faudra alors douze à quinze mois pour finaliser le concept. On rappellera toutefois que, conjoncture oblige, la SSR a gelé début mai tous ses projets de développement.