Les avocats ont été consultés, et la situation juridique a été étudiée avec soin. «Nous sommes prêts à entamer une action en justice si Google devait agir de façon unilatérale. Notre réaction serait rapide et déterminée», avertit Daniel Hammer, secrétaire général de Presse suisse. L’association regroupant les éditeurs romands est sur le qui-vive depuis que Google affiche, depuis la semaine passée, des publicités sur son service «News». Lancé en avril 2002, «News» compile et donne accès à 25 000 sources d’information, dont de très nombreux quotidiens en ligne. Depuis le 26 février, et pour l’heure seulement aux Etats-Unis, Google gagne de l’argent via les annonces affichées à droite du contenu extrait des sites d’information. «Nous n’accepterons pas que cette firme utilise notre contenu pour gagner de l’argent en violant le droit d’auteur et sans en partager un centime avec nous, poursuit Daniel Hammer. Les éditeurs souffrent cruellement de la chute actuelle de la publicité: il est exclu que Google s’empare de nos informations pour son propre profit.»

En 2002, les éditeurs suisses avaient déjà essayé d’empêcher Google d’utiliser leur contenu dans son service d’information, mais les conditions pour ouvrir une action civile n’étaient alors pas réunies. Par contre, des éditeurs belges avaient, eux, réussi à faire plier la firme. Selon Daniel Hammer, la dernière initiative de Google marque une rupture: «Si une société tierce gagne de l’argent avec notre contenu en violant la loi sur le droit d’auteur, il y a un préjudice chiffrable qui permet l’ouverture d’une action civile pour obtenir réparation.»

«No comment», rétorque le service de presse de Google, qui précise ne pas avoir, pour l’heure, de plan pour afficher de la publicité ailleurs qu’aux Etats-Unis sur son service d’information. Outre-Atlantique, aucune action en justice n’a pour l’heure été lancée. En France, Philippe Janet, directeur du Monde Interactif, a donné l’alerte cette semaine sur «la puissance phénoménale de Google», en affirmant que «le risque pour nous, c’est que les annonceurs s’arrêtent aux pages de Google sans aller jusqu’à nos sites».

L’éditeur Tamedia est aussi inquiet. «Nous avons des coûts salariaux très importants pour produire nos contenus, explique Christoph Zimmer, porte-parole. Il n’est pas normal que Google arrive et s’en empare sans la moindre rétribution en retour. Nous nous concerterons avec d’autres éditeurs pour mettre en demeure la société de changer son modèle, lorsqu’elle affichera de telles publicités en Suisse.» Tamedia estime que Google a gagné 60 millions de francs en Suisse en 2008, soit un cinquième du gâteau publicitaire en ligne, selon l’institut Media Focus.

Edipresse – actionnaire à 44,7% du Temps, et en cours de rachat par Tamedia – est sur la même ligne. «Nous ne tolérerons pas un emploi de nos articles sans être rétribués», affirme Philippe Gendret, chargé des activités numériques au sein du groupe. Reste que Google et les éditeurs sont déjà intimement liés. Selon Daniel Hammer, «en Suisse, 20 à 30% du trafic des sites d’information est généré par Google».

«Cette société est un partenaire clé pour nous, ne l’oublions pas, poursuit Philippe Gendret. L’affichage de ses publicités sur nos sites se fait en parfaite intelligence. Il ne faut pas diaboliser Google, mais chercher au mieux à collaborer avec lui. D’ailleurs, certains de nos employés suivent des formations au sein de la firme.»

«En Suisse, 20 à 30% du trafic des sites d’information est généré par Google»