Gestion

Edmond de Rothschild jette l’éponge à Hongkong

La banque privée suisse entend fermer sa filiale dans l’ancienne colonie britannique. L’établissement n’y a jamais rencontré le succès espéré. Cet échec est aussi marqué par le départ de plusieurs dirigeants clés en Asie

Edmond de Rothschild (BPER) fait volte-face à Hongkong. La banque privée suisse a annoncé ce jeudi son intention de mettre un terme à ses activités dans l’ancienne colonie britannique, confirmant une information révélée par l’agence Reuters. Dans un communiqué, l’établissement justifie la fermeture de sa filiale hongkongaise ouverte il y a 24 ans par une «volonté de servir dorénavant la clientèle internationale depuis le marché européen». Traduction: ses autres hubs que sont par exemple Londres et Luxembourg – centre opérationnel toutefois chahuté pour son implication dans le scandale financier de la décennie 1MDB – vont profiter de ce changement de cap. Mais aussi Genève. Le quartier général de BPER qui a fermé son bureau de Shanghai un mois plus tôt, est désormais appelé à gérer les activités du groupe pour le Japon et la Corée du Sud, notamment.

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Ce retrait d’Hongkong - le sort du personnel local est pour l'heure incertain - n’est pas une surprise, selon un proche d’Edmond de Rothschild. En effet depuis mi-2015, l’établissement s’interrogeait sur sa stratégie dans la région. Cette réflexion s’inscrit dans la foulée du départ imprévu de la responsable des activités de la banque en Asie. Arrivée en 2013 d’HSBC, après quinze ans dans la finance à Hongkong et en Asie, Monique Chan avait pour objectif de développer la gestion de fortune. Au moins six banquiers privés et une dizaine de «relationship managers» avaient alors été recrutés depuis 2014. Cette stratégie agressive d’expansion était appuyée par le patron de BPER, Christophe de Backer, qui a depuis quitté l’établissement pour retourner chez HSBC à Londres.

Difficultés à percer

Edmond de Rothschild n’a jamais connu le succès espéré dans l’ancienne colonie britannique. A l’arrivée de Monique Chan, les avoirs sous gestion en Asie de BPER (dans la banque privée) n’étaient que de 57,1 millions de dollars, selon le magazine Asian Private Banker. Ce niveau est considéré comme largement insuffisant pour maintenir une activité rentable. Quant à la gestion d’actifs, elle se limitait à moins de 300 millions.

Pourtant, l’Asie – en particulier la Chine – continue de produire des millionnaires et des milliardaires par dizaines. Mais l’activité est jugée exigeante. Par exemple, l’Union bancaire privée (UBP) a récemment repris les affaires de Coutts – condamnée la semaine dernière par la banque centrale de Singapour à une amende de 1,7 million de francs pour son rôle dans l’affaire du fonds malaisien 1MDB – dans la région. Cette transaction avait permis à cet autre établissement suisse d’atteindre une masse critique qui se compte en milliards de dollars.

Parmi les autres erreurs dont BPER tire aujourd’hui les conséquences: le départ de plusieurs collaborateurs clés. En effet, Patrick Saurini a été envoyé de Genève pour remplacer Monique Chan, recrutée depuis à Hongkong par la Banque de Montréal. Mais ce dernier a repris une équipe ayant connu, au cours des deux dernières années, une hémorragie en termes de capital humain. Parmi les dirigeants ayant quitté le navire: le chef des investissements, le chef opérationnel, le directeur d’Hongkong ou encore la responsable juridique.

Le Waterloo des PME bancaires

La décision de BPER s’inscrit, selon une source anonyme citée par Reuters, «dans une stratégie de retour en Europe en raison de la pression croissante sur les coûts». Mais aussi de concurrence accrue venant d’établissements occidentaux toujours plus nombreux, ainsi que de l’émergence de nouvelles institutions asiatiques. A ce contexte de densification accrue des acteurs, s’ajoute la pression réglementaire ou, plus exactement, l’avènement de programmes d’amnistie fiscale agressifs – assortis d’amendes conséquentes si les banques privées ne jouent pas le jeu des régulateurs locaux – mis en place par plusieurs pays (Indonésie, Inde…) pour rapatrier leurs capitaux exilés.

Bilan: visiblement, l’Asie est bel et bien «le Waterloo de nombreuses banques de taille moyenne ces dernières années», comme BPER, indiquait dans nos colonnes le mois passé Alfredo Piacentini, ex-associé de la Banque Syz qu’il avait cofondée en 1994, et qui a rejoint Decalia Asset Management voilà deux ans.

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