Le bénévolat joue un rôle considérable dans la société, sur le plan culturel, éducatif, social et sportif. En Allemagne, il représente 70% de l’assistance médicale, aux Etats-Unis 87% des services du feu.

La participation diffère considérablement d’un pays à l’autre. Le bénévolat est très populaire en Suède (56% de la population), en Slovaquie (54%) et aux Etats-Unis (50%), et très peu en Pologne (14%), au Japon (16%), en Espagne (16%) ou en Hongrie (16%).

La recherche économique a dressé le portrait type du bénévole: il est salarié, de formation supérieure, marié, avec des enfants, et dispose d’un haut revenu. En termes économiques, on dira qu’il existe un coût d’opportunité très élevé pour des gens qui travaillent gratuitement.

Mais un travail de recherche de l’Institut IZA en Allemagne est le premier à évaluer l’effet de l’Etat et de sa politique économique sur le bénévolat (1). Son étude s’appuie sur un sondage auprès de 38’000 personnes (European and World Values Survey) dont un tiers est investi dans diverses activités bénévoles.

Les auteurs s’estiment capables d’évaluer les deux composantes du bénévolat, sa part individuelle et la part de politique économique. Aux Etats-Unis, la première explique 32,8% des 50% du taux de participation au bénévolat. Les auteurs interprètent donc le bénévolat comme une contribution privée au bien public.

L’IZA s’intéresse essentiellement à trois aspects de l’action étatique. Il montre tout d’abord qu’une augmentation de 1% de la part des dépenses sociales au PIB réduit la probabilité de bénévolat de 1,7 à 2,9%. C’est le fameux effet de «crowding out» de l’action de l’Etat. Comme le tiers des gens est bénévole, l’effet quantitatif est massif. Le bénévolat diminue donc de 5,1 à 8,7%. L’augmentation des dépenses sociales réduit l’incitation des individus à fournir leurs services gratuitement.

Le deuxième aspect concerne l’attitude politique des bénévoles. Si l’individu soutient le gouvernement, il attendra de l’Etat qu’il offre ses services dans les secteurs que lui-même privilégie. C’est pourquoi le consensus politique réduit de 1,8% la probabilité de bénévolat, selon l’étude. C’est le deuxième effet de «crowding out». Par contre si les positions politiques divergent, l’individu sera disposé à agir dans les secteurs délaissés par l’Etat. Les autorités sont donc face à un défi entre l’augmentation de la confiance dans les institutions et la participation à la vie civile.

Enfin, les auteurs montrent qu’une hausse de 1% du degré de démocratisation d’un pays (calculé à travers l’indice Vanhanen) réduit la probabilité de bénévolat de 1%. Certains autres facteurs associés à une hausse du bénévolat. C’est le cas des pratiques religieuses et de l’engagement politique (de droite comme de gauche). Par contre une augmentation des libertés civiles diminue de 6,8% la probabilité de bénévolat.

En termes de politique économique, la conclusion est limpide. Si l’Etat veut encourager le bénévolat, la stabilité des prix et un bas taux de chômage constituent de meilleurs arguments qu’une hausse des dépenses sociales.

(1) Volunteering and the State Franz Hackl, Martin Halla, Gerald Pruckner, Forschungsinstitut zur Zukunft der Arbeit (IZA), Discussion Paper 4016, 2009