La Banque nationale suisse (BNS) au banc des accusés. Cette année, dans le cadre du carême qui se déroule du 17 février au 4 avril, les œuvres d’entraide chrétiennes lancent une pétition lui demandant de se désinvestir des sociétés actives dans les énergies fossiles. «Si elle se conformait à ses propres directives, elle lancerait à la place financière suisse un signal fort sur la voie de l’Accord de Paris sur le climat», ont déclaré Pain pour le prochain, Action de carême et Etre partenaires mercredi lors du lancement de la campagne œcuménique. Récoltées en ligne et «in vivo», les signatures seront remises à la BNS.

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Selon les trois organisations, la BNS détenait à la fin de 2019 près de 6 milliards de dollars en actions dans des sociétés pétrolières, gazières et de charbon. «De ce fait, elle finance le rejet de 43 millions de tonnes d’équivalent de dioxyde de carbone par an, soit autant que les émissions en Suisse», a calculé Miges Baumann, responsable de la politique de développement chez Pain pour le prochain.

Justice climatique

Miges Baumann a justifié la pétition au nom de la justice climatique. «Les personnes les plus défavorisées en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud sont les premières victimes de catastrophes liées au changement climatique alors qu’elles n’en sont pas responsables. «Les 50% les plus pauvres de la planète ne génèrent que 10% d’émissions de gaz à effet de serre alors que les 10% les plus riches en produisent près de 50%», a avancé le spécialiste.

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Dans une réponse écrite au Temps, la BNS ne réagit pas à la démarche des œuvres d’entraide. En revanche, elle affirme que «le changement climatique est un sujet abordé de manière approfondie au sein de l’institution. Il s’agit surtout d’évaluer les conséquences du changement climatique pour l’économie, la stabilité financière et la gestion de nos réserves monétaires, afin de pouvoir remplir notre mandat légal en tout temps.»

La BNS fait aussi savoir qu’elle «s’abstient d’acheter des actions d’entreprises qui violent massivement des droits humains fondamentaux, qui causent de manière systématique de graves dommages à l’environnement ou qui sont impliquées dans la fabrication d’armes condamnées sur le plan international». En décembre, elle a fait savoir qu’elle excluait désormais de ses placements les titres de toutes les entreprises dont la principale activité concerne le charbon.

Un pas timide, mais dans la bonne direction

Pour les œuvres d’entraide, la sortie du charbon constitue «un pas extrêmement timide, mais dans la bonne direction. Car 99,9% de ses investissements dans les énergies fossiles demeurent inchangés.» Miges Baumann affirme que la BNS détient des actions appartenant à pas moins de 148 compagnies actives dans le pétrole et le gaz, y compris dans les géants ExxonMobil, Chevron, Royal Dutch Shell, Total ou encore Anadaco.

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«La BNS doit suivre l’exemple d’autres banques centrales qui se retirent des énergies fossiles», affirme Miges Baumann. A l’instar de la Banque de France, qui prévoit de désinvestir totalement du charbon, du pétrole et du gaz à l’horizon 2024.

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