2008, année noire des hedge funds, a affecté de nombreux acteurs de l’alternatif. L’industrie a connu, au seul quatrième trimestre 2008, 152 milliards de dollars (173 milliards de francs) de retraits de clients, selon Hedge Fund Research. Ce premier trimestre, les clients ont globalement retiré 85 milliards de dollars des fonds de hedge funds.

Des acteurs de l’alternatif, comme EIM, subissent d’importantes mutations. La société de gestion de fonds de hedge funds basée principalement à Nyon, Londres et New York a vu sa masse sous gestion reculer de 16% sur l’année 2008, à 10,9 milliards de dollars, a indiqué dans un entretien exclusif au Temps Arpad «Arki» Busson, président exécutif du groupe. Sur neuf mois, la masse a reculé de 29%, à 10 milliards. En dépit des conditions de marché, le groupe est resté profitable en 2008, et n’a par ailleurs, aucune dette, indique-t-il.

Remplacement à la direction

Le financier français de 46 ans a redessiné, ces derniers mois, la stratégie d’EIM et repris fermement en main les rênes de sa direction. Désormais, le directeur général, Patrick Susse, accède à la fonction de vice-président.

La société a déjà effectué d’importants changements. EIM a supprimé la distinction entre gestion traditionnelle et alternative. Arpad Busson a fusionné, ces derniers mois, les deux gestions, pour les regrouper sous un nouveau modèle: la «gestion dynamique».

«Nous notons, explique-t-il, une convergence entre les mondes traditionnel et alternatif. Aujourd’hui, les stratégies alternatives sont encore plus liées aux marchés traditionnels du crédit, des taux, des actions. Le passage de l’information d’un marché à un autre devient plus important.»

Cette tendance s’inscrit dans l’évolution européenne, avec l’arrivée des fonds UCITS III, ces véhicules classiques de l’UE qui sont autorisés à recourir à des stratégies de vente à découvert. En outre, la notion de rendement absolu, largement utilisée dans la gestion traditionnelle ces dernières années, a déjà atténué la frontière entre gestion classique et alternative.

30% des effectifs supprimés

La «gestion dynamique», résume l’homme fort d’EIM, est une notion qui vise la préservation de capital. Aujourd’hui, la société a quasiment achevé l’intégration des deux unités. «Les deux équipes ont chacune leurs spécialités, et travaillent ensemble», précise le financier.

Arpad Busson annonce par ailleurs que les effectifs d’EIM seront réduits de 30% au niveau mondial. Ils passent de 240 à 170 collaborateurs, pour adapter la société à l’environnement économique.

En ce qui concerne la fraude Madoff et les 230 millions d’exposition des clients d’EIM, la direction «évalue toutes les options possibles pour les assister au mieux».

EIM, qui compte 95% de clientèle institutionnelle à travers le monde, a fait légèrement mieux que l’industrie en termes de performances: en 2008, ses portefeuilles affichaient entre -12% et -25% de rendement selon les profils de risques recherchés, soit -18% en moyenne. Cette année, indique «Arki», les performances se sont redressées au 1er trimestre, pour se situer entre + 0,5% et +3%.

Clairement, admet Arpad Busson, une année comme 2008 changera les paramètres de l’industrie alternative, ce qu’il a déjà intégré dans sa réflexion. Il détaille la réorganisation en profondeur qu’achèvera EIM le 1er août prochain, et qui devrait lui permettre de rester à l’avant-garde des nouvelles tendances qui émergent de la crise.