Inde

Élections indiennes: risques pour les investisseurs?

En mai se tiendront des élections législatives cruciales pour l’actuel premier ministre. Ce dernier pourrait perdre son trône et ainsi remettre en question les réformes mises en place dans le pays. L’impact sur l’économie indienne serait majeur

Les résultats des élections à l’Assemblée régionale dans cinq Etats ont tourné, le 10 décembre dernier, à l’avantage du principal parti d’opposition. Le parti du Congrès reprend le contrôle de plusieurs fiefs tenus jusqu’alors par le BJP, le parti nationaliste hindou du premier ministre, Narendra Modi.

Après une période de disette électorale commencée il y a cinq avec l’arrivée triomphale du BJP à la tête du pays et des deux tiers des Etats indiens, le parti du Congrès revient aujourd’hui incontestablement sur le devant de la scène. Il se retrouve en position de force pour créer des alliances avec les nombreux partis régionaux du pays et s’imposer comme un parti d’opposition «crédible».

Pression sur l’indépendance de la banque centrale

La démission soudaine en décembre, à mi-mandat, du gouverneur de la banque centrale indienne, Urjit Patel, a été une véritable onde de choc pour le pays. Si ce départ n’est pas réellement une surprise (les tensions entre la banque centrale et le gouvernement existaient depuis longtemps), il a été perçu comme un signe de protestation face au gouvernement, accusé de vouloir dicter la politique de l’institution.

En mal de vigueur économique (ou de votes?), le gouvernement voudrait effectivement imposer plusieurs mesures à la banque centrale. Parmi les plus marquantes, notons l’accord donné aux banques publiques de prêter aux petites entreprises ou encore la baisse des taux d’intérêt pour injecter des liquidités dans l’économie du pays. Afin de stimuler l’économie à travers des dépenses publiques d’envergure, le premier ministre souhaite par ailleurs que le gouvernement ait accès aux réserves excédentaires de la banque centrale indienne.

Les chiffres qui commencent à décevoir

La croissance indienne a ralenti au deuxième trimestre de l’année fiscale (+7,1%, après +8,2% trois mois plus tôt). Si le rythme reste soutenu, l’économie subit de plein fouet le ralentissement mondial, les tensions commerciales et les énormes besoins de créations d’emplois dans le pays.

Par ailleurs, élément peut-être plus important, la confiance du consommateur continue de s’effondrer en revenant à des niveaux de début 2014…

Malgré le contexte politique actuel tendu, l’Inde navigue historiquement entre points forts et points faibles. L’économie indienne s’appuie ainsi sur des moteurs de croissance diversifiés (immobilier, énergie en particulier), des hauts niveaux d’épargne et d’investissements, ainsi que sur la performance de son secteur privé des services. Quant à l’endettement, il demeure modéré et le niveau de réserves de change confortable. A contrario, l’économie souffre du manque d’infrastructures, alors que les finances publiques sont dans le rouge et l’endettement des entreprises privées ne cesse de croître. Aux tensions politiques persistantes s’ajoutent un système éducatif défaillant et une administration écrasante. Malgré ses nombreuses ressources énergétiques, le pays est contraint d’importer pour répondre à l’énorme demande de sa population. Au niveau géopolitique, les turbulences au Cachemire restent un frein important.

Ces incertitudes politiques et monétaires ont bien évidemment des impacts sur l’économie du pays. On peut ainsi rappeler que la roupie indienne, après un renforcement soutenu entre janvier et octobre 2018, a perdu près de 6,5% depuis trois mois face au dollar.

L’indice MSCI India quant à lui, s’il retrouve des couleurs dernièrement, est en baisse de près de 8% depuis ses hauts de la fin d’août.

Tout le bien que nous pensons de l’économie indienne depuis la laborieuse démonétisation – officiellement mise en place pour lutter contre les faux billets, l’évasion fiscale et l’économie informelle – et l’introduction d’une TVA harmonisée (la GST) en remplacement d’une dizaine de taxes régionales, est aujourd’hui mis à mal par un potentiel changement de gouvernement, la grogne du peuple et les tensions avec la banque centrale.

Nous observerons de très près les prochains dénouements, mais nous estimons que, dans le contexte d’incertitude qui pèse aujourd’hui sur la politique et l’économie du sous-continent, il est préférable de se mettre en retrait, à court terme en tout cas. Nous restons cependant très constructifs sur le secteur énergétique du pays dans un contexte de transition énergétique de très grande ampleur, notamment dans les énergies renouvelables. Rappelons que l’Inde a enregistré un doublement de sa consommation énergétique entre 2000 et 2017. C’est dire le besoin du pays…

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