Les élections italiennes de ce dimanche commencent à agiter les marchés. «Ils ont fait preuve d’un excès de confiance dans un environnement économique favorable, déclare François Raynaud, gérant d’allocation d’actifs et dettes souveraines chez la banque Edmond de Rothschild. Mais il convient de rester prudent.» Pour Laurenti Adolfo, économiste global à la banque J. Safra Sarasin, les investisseurs se rendent compte finalement qu’un risque de surprise n’est pas à écarter.

En effet, le renouvellement du Sénat (315 sièges) et de la Chambre des députés (620 sièges) est l’une des raisons qui expliquent l’incertitude sur les marchés. Depuis le début de la semaine, l’indice VIX, qui calcule la volatilité, évolue en hausse. Jeudi, à quatre jours du scrutin italien, les places financières européennes et asiatiques ont clôturé en baisse alors que Wall Street enregistrait des pertes dans la matinée.

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«Bien que le risque politique reste contenu à court terme en Italie, aucun scénario n’est véritablement acquis, poursuit François Raynaud. Les investisseurs misent soit sur une coalition de droite-droite radicale qui n’appliquerait pas les mesures coûteuses de son programme, soit sur un accord de grande coalition entre les partis pro-européens.» Mais ce scénario ne tient qu’à un fil. Le nouveau mode du scrutin qui veut faciliter l’émergence d’une majorité solide en favorisant la formation arrivant en tête peut, selon des analystes, bouleverser tous les pronostics. Les observateurs n’excluent pas de nouvelles alliances à l’issue du scrutin.

Le scénario favori des marchés

Laurenti Adolfo dépeint le scénario favori des marchés. Les électeurs italiens voteraient pour le centre gauche et le droit qui formeraient un gouvernement de coalition. Pro-européen, celui-ci poursuivrait les efforts de réformes structurelles et de réduction des dépenses publiques. «Dans ce scénario, le cap sera maintenu d’autant plus que la situation macroéconomique de l’Italie s’améliore depuis une année, dit-il. Dans une telle coalition de centristes, Paolo Gentiloni pourrait être maintenu à son poste de premier ministre.»

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Le chef économiste de la banque Sarrasin redoute toutefois deux autres scénarios qui effrayeraient les marchés. Le premier, une majorité claire à la coalition du centre droit constituée de Forza Italia de Silvio Berlusconi, la Ligue du Nord de Matteo Salvini et Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni. Cette coalition est créditée de 35% des suffrages. «Les marchés n’aimeront pas cette perspective, analyse Laurenti Adolfo. Silvio Berlusconi et ses partenaires ont fait des promesses (augmentation des retraites, baisses d’impôts, revenu minimum) qui sont irréalistes et coûteuses et qui peuvent faire dérailler l’économie italienne.»

Le scénario du pire

Le troisième scénario est tout aussi mauvais pour les marchés. Il s’agirait d’un gouvernement dirigé par le Mouvement 5 étoiles. «Il serait indiscipliné, pas crédible et pas fiable, explique Laurent Adolfo. Ce parti populiste a également fait des promesses irréalistes et intenables. Si un tel scénario se matérialise, on verrait l’écart entre le rendement des obligations italiennes et allemandes augmenter rapidement.» Luigi Di Maio, premier ministre dans le gouvernement fantôme du Mouvement 5 étoiles, vient encore de promettre d’augmenter massivement les dépenses publiques.

Jeudi, il a nommé Andrea Roventini, un professeur d’économie de l’Ecole supérieure Sainte-Anne de Pise, comme son éventuel ministre des Finances. Selon Laurenti Adolfo, la plupart des personnes qui ont été identifiées pour occuper des postes à responsabilités dans un gouvernement dirigé par le Mouvement 5 étoiles sont des inconnus et sans expérience.

Coalition allemande

Mais en cette fin de semaine, les marchés regardent aussi vers l’Allemagne. Les sociaux-démocrates devraient dire dimanche s’ils acceptent de former un gouvernement de coalition avec les conservateurs. Après les élections de septembre dernier, un gouvernement provisoire mène les affaires courantes. En cas de refus, le pays se dirigerait vers de nouvelles législatives. «Les marchés n’aiment pas les incertitudes politiques même s’ils regardent avant tout les fondamentaux économiques, explique Laurenti Adolfo. En Allemagne, la croissance est au rendez-vous. Je ne vois pas les marchés réagir négativement même en cas d’impasse dimanche.» On ne pourrait pas dire autant pour l’Italie. De nombreux signaux sont désormais au vert. La croissance est toutefois inférieure à celle de la zone euro, 1,5% contre 2,5%, et le chômage reste à un niveau élevé, 11,9% en janvier 2018, en hausse par rapport à décembre dernier.