Santé

Elizabeth Holmes, star de la Silicon Valley, tombe de son piédestal

La société Theranos est dans la tourmente. Plusieurs spécialistes émettent des doutes sur la technologie de l’entreprise américaine

À 31 ans, Elizabeth Holmes est souvent comparée à Steve Jobs, le cofondateur d’Apple. Le côté glamour en plus. Icône de la Silicon Valley, coqueluche des investisseurs et des médias, la plus jeune milliardaire non-héritière du monde, selon le magazine Forbes, doit sa fortune de plus de 4 milliards de dollars (3,96 milliards de francs) à la société Theranos, spécialisée dans les analyses de sang. Son entreprise de 500 personnes, valorisée à 9 milliards de dollars, distribue des nanocapsules qui permettent d’effectuer des tests rapides et à bas coût, à partir d’une goutte de sang prélevée au bout du doigt. La société proposerait plus de 200 examens à des prix concurrentiels: 3 dollars pour mesurer le taux de cholestérol contre au moins 50 dollars dans les laboratoires traditionnels. Et les résultats sont fournis en quelques heures.

Le conte de fées semble pourtant s’arrêter là. Deux enquêtes parues dans le Wall Street Journal courant octobre jettent le doute sur la technologie. Pendant près de six mois, le journaliste John Carreyrou, distingué par le Prix Pulitzer et spécialiste des questions de santé, a enquêté. Ce dernier affirme que l’entreprise a volontairement caché ses propres faiblesses. Les résultats scientifiques n’ont jamais été correctement présentés à la communauté scientifique.

Il cite plusieurs anciens employés du groupe. Selon l’un d’entre eux, le dispositif, nommé «Edison», n’aurait été utilisé qu’à une quinzaine de reprises en décembre 2014. L’entreprise effectuerait en réalité une partie de ses tests sur des machines utilisées par ses concurrents. En Suisse romande, quelques spécialistes avaient déjà manifesté leur étonnement face à la technologie de Theranos, dans un article publié dans Le Temps en mai 2015. Jurgi Camblong, directeur et cofondateur de Sophia Genetics, une société vaudoise spécialisée dans la médecine de précision, souligne que Theranos a surtout innové par les procédés, plutôt que par la technologie. «Il s’agit ici du même cas de figure qu’Uber. La technologie en tant que telle n’a rien de véritablement révolutionnaire. En réalité, seul le business model est nouveau.» Et d’ajouter: «Bien souvent, le marketing américain réussit à séduire outre mesure les médias ou les investisseurs. Or, la technologie elle-même est bien souvent meilleure en Europe, même si, contrairement aux acteurs économiques du Nouveau Monde, nous versons naturellement moins fréquemment dans les grandes déclarations.»

Pour le Wall Street Journal, la technologie de Theranos ne serait carrément pas fiable. John Carreyrou relate une visite de la Food & Drug Administration. L’agence fédérale aurait demandé à l’entreprise de mettre un terme aux prélèvements effectués au doigt, sauf pour un examen de détection de l’herpès.

Qu’en dit Elizabeth Holmes? «L’article du Wall Street Journal à propos de Theranos est factuellement et scientifiquement erroné et basé sur des affirmations sans fondement par d’anciens employés inexpérimentés et mécontents.» Et d’ajouter sur Twitter: «Nous avons proposé de leur montrer notre technologie, mais ils ont refusé.»

Face à la polémique, la chaîne de pharmacies Walgreens, leader sur le marché aux États-Unis, a décidé de suspendre l’ouverture de nouveaux centres de prélèvements. Les tests de Theranos ne sont accessibles qu’en Arizona et dans une quarantaine de pharmacies Walgreens uniquement.

Publicité