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Elmar Mock, coinventeur de la Swatch.
© DR

Innovation

Elmar Mock, ce flamboyant ingénieur iconoclaste

Enfant terrible et intenable jadis, le Jurassien cocréateur de la Swatch est nominé pour le prix de l’inventeur européen de l’année

Il y a la Swatch et sa légende. En 1980, une séance mémorable lors de laquelle le jeune ingénieur Elmar Mock, spécialisé dans les plastiques polymères, doit justifier l’achat d’une machine de moulage par injection de 500’000 francs auprès d’Ernst Thomke, le patron d’ETA. Une véritable folie alors que l’industrie horlogère suisse est en pleine agonie. Le boss est furieux face à une dépense «irresponsable», mais finit par se calmer lorsque son employé lui soumet de premières esquisses de cette montre en plastique iconoclaste. La suite est connue.

Cela, c’est du passé. Un autre siècle, une autre vie. Aujourd’hui, si l’Office européen des brevets (OEB) a sélectionné Elmar Mock parmi quelque 400 candidatures, c’est «pour l’ensemble de son œuvre», soit surtout pour ce qu’il a réalisé durant les trois décennies qui ont suivi l’aventure de la Swatch. Trente ans durant lesquels il a apposé sa signature sous 178 familles de brevets dans des domaines aussi divers que les industries de l’horlogerie, de l’automobile, de l’alimentation ou de la pharma. «Elmar Mock a toujours osé défier le statu quo», explique Benoît Battistelli, le président de l’OEB.

Une belle consécration pour ce fils d’horloger autrichien qui a fondé Creaholic, une «fabrique de l’innovation» qui développe des solutions pour plus de 200 entreprises dont Ikea, Nestlé, Du Pont, Nespresso, BMW et Roche ne sont que les plus connues. La société, qui comptera bientôt quelque 50 collaborateurs, réalisera cette année un chiffre d’affaires annuel de plus de 8 millions d’euros. Elle a emménagé dans les anciens locaux de la savonnerie Schnyder à Bienne.

Enfant difficile

Ça tombe bien! Cet homme est une savonnette qui finit toujours par vous échapper. Né à La Chaux-de-Fonds dans une famille catholique pratiquante, il se décrit comme «un enfant difficile avec une propension à détruire» et fait les quatre cents coups, allant même jusqu’à voler un dimanche 50 centimes sur la quête d’une église. Dyslexique, il met onze ans pour achever son école obligatoire. Il est le «fauteur de trouble» de la famille, rebelle à toute autorité.

Mais il est aussi doué. En 1975, à l’Ecole d’ingénieurs de Bienne où il étudie dans une ville au taux de chômage de plus de 10%, il est le premier de sa classe à trouver un emploi. «C’était un jeune passionné, dynamique et impertinent. Il n’hésitait pas à contredire son chef pour défendre ses projets, ce qui est rare», se souvient Ernst Thomke. «Il était comme un cheval fougueux. Il fallait savoir le guider».

Traversée du désert

Après le bref moment de gloire dû au succès de la Swatch, Elmar Mock quitte rapidement ETA pour créer sa propre entreprise en 1986. Persuadé que le monde n’attend que son génie, il connaît une longue traversée du désert. Creaholic ne décolle qu’au milieu des années 1990 pour devenir une fabrique de l’innovation. «L’une des clés de voûte de la construction de la Swatch est le soudage du plastique par ultrasons. Nous avons poursuivi nos recherches dans cette voie», raconte Elmar Mock. Pour Ikea notamment, Creaholic développe des solutions permettant de souder du bois. Puis elle réussit même à souder des os pour un secteur médical qui n’y croyait pas au départ.

Les clients de la société biennoise sont des entreprises ayant pignon sur rue. Pour celles-ci, innover relève un peu de la schizophrénie. Elles doivent à la fois assurer le présent, ce qui implique un certain conservatisme, tout en devant préparer l’avenir grâce à des produits disruptifs. «L’innovation est un labyrinthe et l’important est de se mettre en mouvement. Mais il faut savoir sortir du labyrinthe avec un produit concret capable de conquérir le marché», souligne Elmar Mock, qui adore citer Charles de Gaulle: «Des chercheurs qui cherchent, on en trouve, mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche!»

Profits redistribués

Creaholic? Une sorte de «kolkhoze capitaliste», lâche son fondateur, un champion de l’autodérision. L’entreprise appartient à ses employés et ne génère des profits pour les leur redistribuer. Ici, l’écart entre le plus haut et le plus bas salaire ne dépasse pas un multiplicateur de 2,6. Elmar Mock gagne pour sa part quelque 200’000 francs par an.

Agé de 63 ans, ce flamboyant ingénieur travaille désormais à la pérennité de l’entreprise. Le mois prochain, Creaholic accueillera 25 nouveaux collaborateurs issus de la cellule d’innovation de Swisscom, qui a pris une part de 5% du capital. Elmar Mock s’est déjà retiré de la direction opérationnelle, ne siégeant plus qu’au conseil d’administration. «Je suis devenu un vieux sage. Non, plutôt un vieux singe!»

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